« Notre Pape François, notre évêque et tous les évêques… »
Ce passage des prières eucharistiques prend tout son sens après les premiers mots du nouveau pape, en quelques paroles simples, il s’est présenté tout d’abord comme l’évêque de Rome. Il renouvelle ainsi la plus saine des ecclésiologies concernant le ministère pétrinien, et rappelle quelles sont les origines du service ecclésial de l’Eglise de Rome au sein de toutes les autres Eglises particulières, celle qui préside à la charité et à la communion, parce qu’elle est le lieu du martyre de l’apôtre à qui Jésus a dit « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai Mon Eglise ».
Le collège des cardinaux a choisi le cardinal Bergoglio, archevêque de Buenos Aires, réputé l’amis des petits et des pauvres. C’est sur ce continent Sud Américain, que le Pape Paul VI avait déclaré l’option préférentielle de l’Eglise pour les pauvres. Jésuite, le pape est certainement très marqué par la spiritualité ignacienne, homme de prière, sa spiritualité semble bien marquée par la méditation « des deux étendards » que nous trouvons dans les exercices spirituels de Saint Ignace, c’est du moins ce que j’ai ressenti en écoutant sa première homélie en la chapelle Sixtine le jeudi 14 mars, au cours de la messe clôturant ce conclave exceptionnel qui marquera bien au-delà de l’histoire de l’Eglise Catholique Romaine.
Le choix du nom de François, lié à Saint François d’Assise, marque bien l’attitude pastorale qu’a eue le cardinal Bergoglio au cœur de son Eglise de Buenos Aires. Il marque aussi une certaine délicatesse envers le peuple de Rome, puisque François d’Assise est le patron de l’Italie.
Saint François d’Assise est certainement l’une des plus belles figures de sainteté dans le Moyen-âge européen, fils d’un riche marchand, François choisira la radicalité évangélique dans la pauvreté la plus absolue, fondateur de l’ordre des franciscains, il convaincra le pape Innocent III d’accepter la règle de l’ordre. Grand rénovateur de l’Eglise, François fut aussi un homme de dialogue avec l’islam, c’est peut-être un aspect qu’il ne faut pas oublier de nos jours au même titre que son amour inconditionnel de la nature. Dialogue avec l’islam et soucis écologiques sont des défis à ne pas oublier dans le présent.
L’on me demande ce que j’attends du nouveau pape…à pareille question, j’ai envie de dire « Tout ». L’Eglise Catholique a une place privilégiée au cœur de l’humanité puisque présente sur tous les continents elle est affrontée à toutes les cultures, à toutes les conditions humaines, elle a un rôle central de dialogue, de promotion de la paix et de la justice, par un discours qui se situe au-delà du politique.
Le nouveau pape devrait donc tout d’abord travailler « ad extra », c'est-à-dire entrer en dialogue avec toute l’humanité, accentuer le dialogue avec les religions, redonner du sens à la valeur de l’homme et de la vie. Par ailleurs, renouveler et accentuer la dimension missionnaire de l’Eglise, selon les termes du décret du concile Vatican II sur l’activité missionnaire de l’Eglise.
« Ad intra », se pose bien entendu la question de « la gouvernance », il est grand tant de réfléchir au rôle de celui que l’on appelle pour les actes de gouvernement « Le Pontife Romain ». L’Eglise est affrontée à des défis divers, qui sont loin d’être identiques d’un continent à l’autre. Il serait donc souhaitable que d’une part le collège cardinalice et le collège épiscopal soient davantage associés aux décisions romaines. Cela suppose trois réformes importantes : celle de la curie, celle du fonctionnement des consistoires, celle de la fréquence des synodes et de leur fonctionnement interne, cette assemblée pourrait devenir un lieu de décisions, exprimant ainsi le service de l’autorité à travers la collégialité et l’universalité.
Il ne faut pas non plus rester sourd aux appels des laïcs qui demandent plus de transparence et de communication, et du moins pour nos pays européens, avoir le courage d’affronter les questions qui restent en souffrance depuis trop longtemps, celui de la place des femmes, la question du célibat sacerdotal pour le clergé séculier, la question du remariage des divorcés et leur accès à la communion eucharistique, ce dernier point pourrait ouvrir une réforme du code de droit canonique sur la procédure des déclarations de nullité de mariage, afin de les rendre plus rapides et plus psychologiquement supportables.
Si l’on n’aborde pas ces questions, celle de la sécularisation se posera avec de plus en plus d’acuité, la diminution des vocations sacerdotales étant liée à la déchristianisation rapide du vieux continent, or l’Eglise se construit autour de l’Eucharistie et l’Eucharistie est la nourriture de l’Eglise. Il y a quelques années dans deux ouvrages intéressants « Horizons nouveaux pour l’Eglise » et « L’Eglise en chantier », le Père Jean Rigal esquissait des possibilités de réponses que nos Eglises particulières d’Europe pourraient étudier.
L’un de mes vœux serait par exemple la convocation d’un synode spécial des évêques d’Europe pour y dessiner les contours de la Nouvelle Evangélisation adaptés aux situations spécifiques de notre situation post-chrétienne et multiculturelle.
Rien ne se fera en un jour, rien ne se fera sans prières et sans communion, il faudra de l’audace et non des replis identitaires. L’Esprit Saint y veillera, Saint François d’Assise aussi !
P. Christian Chanliau
DUEA de droit canonique
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