Aujourd’hui, comme au temps de Jésus, les nouvelles paraissent bien alarmantes, vendredi soir nous nous sommes trouvés affronté à des actes de barbarie sans précédent depuis la fin de la guerre d’Algérie.
En quelques instants nous avons eu l’impression de changer de monde, nous avons découvert que l’état islamique avait déclaré la guerre à la France.
L’avenir paraît humainement bien sombre, à l’heure où nous célébrons cette messe nous pleurons 129 morts, nous leur faisons l’hommage et l’offrande de notre prière fervente, comme nous le faisons pour notre pays et pour ceux qui portent aujourd’hui le poids des responsabilités de l’Etat de droit, qu’ils agissent avec force, courage, détermination et sagesse.
Comment cependant percer les intentions secrètes du Destin? Les terroristes de DAESH se complaisent à jouer sur le registre de la peur pour se faire des adeptes auprès de gens les plus fragiles de nos lieux de pauvreté : « adhérez sans tarder à notre groupe d’élus combattant les croisés occidentaux et vous échapperez au châtiment d’Allah. »
L’apocalypse évangélique n’a pas ce goût de cendre, de sang et de désespérance. Qui pourrait nous éclairer ? « Le figuier », nous dit Jésus. Il suffit de le contempler pour en accueillir le message discret. Quand son écorce s’attendrit, que ses bourgeons apparaissent avant d’éclater pour libérer des feuilles minuscules, il annonce la venue de l’été.
Nous croyons en l’avènement glorieux du Christ, nous l’appelons à chaque messe dans l’anamnèse, mais cela nous paraît parfois ne pas devoir arriver tellement l’événement nous semble lointain et avouons que nous n’en tenons pas beaucoup compte dans notre vie quotidienne.
D’autres, qui sont plus sensibles aux tragédies de notre temps, risquent de plus facilement prêter l’oreille à ceux qui viennent annoncer la fin des temps pour bientôt, précisant parfois la date prochaine du cataclysme final, ce sont les faux prophètes dénoncés par le Christ.
Que nous dit Jésus: « Personne ne sait ni le jour ni l’heure ». Il serait donc bien malin celui qui pourrait prévoir le jour du retour du Seigneur. Mais à ceux qui risquent de s’endormir, Jésus dit : « Soyez vigilants. Préparez-vous. Cette génération ne passera pas avant que tout cela n’arrive ». Car pour chacun de nous, personnellement, la fin du monde, c’est le jour de sa mort. Ce jour-là, pour chacun de nous, le temps s’arrêtera. Et nous serons projetés, d’un seul coup, à la fin des temps, quand le Seigneur rassemblera tous ses élus.
Donc, c’est tout proche.
Donc, soyons vigilants.
Des victimes de ce vendredi qui étaient sorties pour se détendre, qui aurait pensé qu’elles allaient vers la mort ?
Oui soyons vigilants au sens propre, nous vivons une étape de notre histoire dangereuse, faisons preuve de responsabilité, de citoyenneté en étant attentif aux consignes des autorités civiles.
Soyons vigilants au sens évangélique, c'est-à-dire soyons prêts à tout heure dans la prière, ne soyons pas de ceux qui oublient de faire provision d’huile, nous risquerions alors de ne pas pouvoir garder nos lampes allumées pour l’heure où Jésus viendra frapper à notre porte.
« Etre vigilants » ? C’est ne pas rêver au futur pas plus que de ressasser le passé. C’est de vivre le moment présent en restant attentifs aux signes que le Seigneur nous fait. C’est ne pas perdre notre temps à autre chose que d’aimer, que d’humaniser la terre, que d’humaniser la vie en ce sens, les attentats de vendredi lancent un défi à l’Eglise de France, à savoir à chacun de nous, pour être des sentinelles et des témoins pour rendre ce monde plus humain, plus vrai, plus proche du Royaume. Demain commence aujourd’hui chaque fois que nous posons des gestes de vie, chaque fois que nous accomplissons des choix d’amour, et dans la condamnation des actes terroristes, bannissons la haine.
La haine nous l’avons vécue quasiment en direct, nous devons y faire barrage pour que ceux qui l’ont générés subissent une sévère défaite, pour cela il nous faut avec courage vivre dans la confiance et l’espérance. Jésus nous dit que l’avenir n’est pas le gouffre d’une nuit d’horreurs, mais la délivrance de tous les liens qui nous empêchent de vivre pleinement. Le squelette brandissant la faux fait place au visage apaisant de l’ami, de l’homme des Béatitudes. Le futur, c’est la mort de la mort, c’est le Christ Ressuscité qui nous entraîne dans la vie de la famille trinitaire, là où il n’y a plus ni larmes, ni douleur, mais la joie et la paix dans l’Esprit Saint.
Frères et sœurs, Ne vivons pas dans une peur stérilisante, aujourd’hui comme hier, les enfants de France ne plierons pas le genoux devant la haine.
Notre pays est consacré à la Vierge Marie depuis 1638, au cours des siècles les papes nous ont donné de célestes protecteurs, tout d’abord l’Archange Saint Michel, Saint Rémi, Saint Denis, Saint Martin, Saint Louis, Sainte Jeanne d’Arc et Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, tous à un titre particulier ont été les témoins et parfois les acteurs de notre histoire, n’hésitons pas à les invoquer afin qu’ils nous aident à labourer cette terre de France en nous façonnant en jardiniers d’un été d’amour qui ne demande qu’à germer.
En ces heures douloureuses je puis m’empêcher de penser à ces merveilleux vers de Charles Péguy : « Français, dit Dieu, c’est vous qui avez inventé ces beaux jardins des âmes. Je sais quelles merveilleuses fleurs croissent dans vos mystérieux jardins, je sais quelles épreuves infatigables vous portez, je sais quelles fleurs et quels fruits vous m’apportez en secret, c’est vous qui avez inventé le jardin…Vous êtes celui qui dessine le jardin du Roi. Aussi je vous le dis en vérité, c’est vous qui serez mes jardiniers devant Dieu, c’est vous qui dessinerez mes jardins de Paradis » (extrait du porche de la deuxième vertu)
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