28e dimanche dans l'année A
A l’inverse de Luc, Matthieu a réuni en un seul récit deux paraboles différentes. Il y a d’abord celle des invités au repas desnoces. Cette image court tout au long de la Bible, des prophètes aux écrits de Sagesse, en passant par le Cantique des cantiques. Car les noces dont il s’agit ne sont autres que celle de Dieu avec l’homme. Citons simplement un passage du Cantique : - « Elle: Je dormais mais je m’éveille: J’entends mon aimé qui frappe ! » - « Lui: Ouvre-moi, ma sœur, ma compagne, ma colombe, ma parfaite; car ma tête est pleine de rosée, mes boucles sont pleines des gouttes de la nuit. (5, 2) » Tout aussi fréquente dans la Bible, l’image du repas exprime la même réalité d’amour : « Venez à moi vous qui me désirez et rassasiez-vous de mes fruits. Ceux qui me mangent auront encore faim et ceux qui me boivent auront encore soif. (Siracide 24, 19-20) » Pourtant, c’est la deuxième parabole, celle qui sans doute vous heurte, que je voudrais développer aujourd’hui. « Ami, comment es-tu entré sans avoir un vêtement de noce? »Matthieu rattache ici une parabole que Jésus a pu dire dans un contexte différent. Précisons rapidement le contexte. La coutume orientale voulait que l’hôte ne mange pas avec ses invités mais qu’il passe saluer chacun pendant le repas. D’autre part, les souverains orientaux offraient à leurs invités un habit de cour que ceux-ci portaient pendant les banquets. C’est en nous laissant aimer que nous serons peu à peu transformés à l’image de l’Époux divin. Car chez les prophètes, le vêtement donné par Dieu est associé également aux épousailles : « Je suis enthousiaste, oui, enthousiasmée à cause du Seigneur. Il m’a revêtu du vêtement du salut, il m’a drapé du manteau de la justice, comme un jeune époux qui porte un diadème, comme une jeune épouse parée de ses bijoux. (Isaïe 61, 10) » Il est d’ailleurs une autre parabole où Jésus parle d’un vêtement dont le Père revêt son fils: celle de l’enfant prodigue. Dans ce cas, il n’est pas question des mérites et de la bonne conduite du fils. Ainsi l’image de l’invité sans vêtement n’est pas celle d’un homme qui est demeuré un pécheur et est indigne de participer aux noces, mais plutôt le symbole de celui qui refuse la grâce généreuse de Dieu., qui se dérobe devant un Père qui l’aime gratuitement et veut lui redonner sans cesse un cœur nouveau. De celui qui ne vit pas dans la confiance et la foi, à travers ses fragilités. L’invité sans vêtement n’est pas tant le fils prodigue que le fils aîné. Celui qui pense pouvoir se suffire à lui-même, qui ôte l’habit de la foi, qui n’ancre pas Dieu dans le quotidien de son existence, qui ne lui donne pas le temps de la prière journalière et de la prière eucharistique du dimanche, celui qui court à perdre haleine après l’argent, les plaisirs, les affaires, la carrière. Celui-là ne se rend même plus compte que la seule joie véritable naît de se laisser aimer. Porter l’habit de fête, c’est nous laisser aimer par l’amour divin pour vivre d’amour par Jésus : « Puisque vous êtes aimés de Dieu, revêtez donc des sentiments de compassion, de bienveillance, d’humilité, de douceur, de patience. Par-dessus tout, revêtez l’amour: c’est le lien parfait.(Colossiens 3,12-14) » Dieu fait l’offre extraordinaire de sa communion à chaque être humain: aux gens droits comme aux assassins. Tous ceux-là sont invités à se laisser aimer gratuitement pour consentir, par la conversion, àdevenir peu à peu des icônes de l’amour fou de Celui qui nous a aimé à en mourir et nous ressuscite à sa suite
/image%2F0225300%2F201302%2Fob_ae2fcd64c474ca1a02b43b3d90b780e3_cathedrale-st-fulcran-2.jpg)