Fête de la Croix Glorieuse
Il y a deux manières de regarder la croix du Christ. On peut la voir de l’extérieur ou on peut la contempler de l’intérieur.
L'horreur de la croix
La croix nous rappelle d'abord tout ce que l’homme est capable de faire à l’homme. Chaque jour, l’actualité déverse inlassablement, au rythme des flashs d’information, son lot de misère et de détresse. La haine, la guerre, les attentats odieux, la folie destructrice, l’oppression des pauvres et des petits abîment l’homme. En tous points de la terre, l’homme est méprisé, mutilé, , bafoué comme image de Dieu, et c'est chaque fois une croix de trop. Et elles ne manquent ni à l’est, ni à l’ouest, ni au nord, ni au sud. Les siècles peuvent passer, la croix demeure toujours signe de souffrance, de torture, de peur, d’injustice, d’humiliation. Vue de l’extérieur, la croix est donc un instrument de haine, de cruauté et de mort.
La fête d’aujourd’hui nous invite de passer de ce premier regard à un autre, plus intérieur celui-là. Sur la croix, il y a le corps de Jésus élevé à la vue de tous. Le regarder de l’extérieur c’est voir la faute, la honte du genre humain, c’est voir un corps humilié, quelqu’un dont on préfère se détourner à cause de l’horreur et de la peur que nous insprire la souffrance.
L'amour fou de Dieu
Mais la véritable croix, celle que nous dessinons chaque fois que nous ouvrons les bras, est aussi et d'abord la croix de l’amour. L’homme étend les mains pour embrasser, pour aimer. C’est exactement cela le sens de la fête de ce jour. Jésus crucifié est celui sur qui se concentrent les refus de l’humanité, ses violences et ses fureurs: « Dieu l’a fait pour nous péché » écrira saint Paul aux Corinthiens. Saint Jean dira en citant l’Ecriture : « Ils regarderont celui qu’ils ont transpercé ». Cette croix – qui est d’abord à nos yeux un instrument de supplice et de douleur - est contemplée par saint Jean comme le signe de l’amour bouleversant de Dieu : « Dieu a tant aimé le monde ». Elle est la signature de son amour fou ( manikos eros) disait le théologien byzantin Nicolas Cabasilas (14e siècle).
Une croix de lumière
Nous connaissons tous ce symbole de guérison qu’est un serpent enroulé autour d’une perche dont l'image estaux devantures de nos pharmacies. En prenant sur lui toutes nos douleurs et toutes nos barbaries, le Christ nous apporte la guérison, le salut, la santé. « De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l’Homme soit élevé, afin que tout homme qui croit obtienne par lui la vie éternelle. »
Il y a donc deux façons de considérer la croix du Christ :manifestation de la haine et de la cruauté indernales de l’homme, elle est bien plus encore signe d’un amour qui va jusqu’au bout. Nous croyons qu’en mourant sur une croix le Christ a voulu rejoindre notre humanité dans ce qu’elle a de plus tragique. En aimant, en pardonnant sur la Croix, Jésus ouvre à tous les hommes une issue de lumière. Sur la croix, l’amour du Christ a été plus fort que la mort. Depuis le matin de Pâques, la Croix ne cesse d’indiquer le passage de la haine à l’amour, de la peur à la confiance, de la vengeance au pardon, de la tristesse à la joie, de la mort à la vie.
L’amour transforme l'infamie en victoire sur le mal. Si nos souffrances demeurent difficiles à porter, la fête d'aujourd'hui nous permet de nous unir à Jésus. En lui, recevons la grâce de mettre dans le monde un peu plus de bonté et de compassion.
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