Une vieille conférence que j'ai conservée, au moment où l'état français s'en prend au vin, un des symboles les plus forts des civilisations et donc de la notre !
VILLE DE SIRAN
Bureau Culture & Patrimoine
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Conférence de M. l’Abbé Christian Chanliau
D.U.E.A. en droit canonique
Licencié en droit civil et en théologie
« Vin et Sacré – Vin et Civilisations »
au profit des « Amis de Centeilles »
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Journées du patrimoine
Dimanche 16 septembre 2007
Chapelle Notre Dame de Centeilles
SOMMAIRE :
I/ Le vin à l’aube de notre civilisation…………………………………………………………P.1
1/ Dans la Mythologie
2/ Dans le monde Judéo-Chrétien
3/ Le monde antique
II/ Les repas dans la Bible…………………………………………......................................P. 5
1/ Manger est un acte sacré
2 /Dans la Bible…
3/ La nourriture des temps bibliques
4/ La création est bonne
5/ A table…
6/ Parcours biblique sur la nourriture
III/ Un exemple : Le vin, les noces de Cana et le partage eucharistique………………..P. 11
1/ Les noces de Cana
2/ L’institution de l’Eucharistie
3/ Le cache sexe de la chrétienté
4/ Au-delà du sacré
IV/ Un ouvrage incontournable : « Voyage aux pays du vin des origines à nos jours » P.17
1/ La passion et la science du vin d’une équipe européenne
2/Une compréhesion en profondeur du monde du vin, de son histoire et de ses mutations
3/Une invitation au voyage, et à la flânerie parmi les mots du vin
IV/ Et en France – Un peu d’humour en conclusion……………………………………….P.22
VIN & SACRE – VIN & CIVILISATION
I / LE VIN A L'AUBE DE NOTRE CIVILISATION
1/ Dans la Mythologie
Les origines de la vigne et du vin ont débuté en Transcaucasie, région située au sud de la chaîne du Grand Caucase. La culture du vin s'est alors développée en Inde puis s'est étendue au bassin méditerranéen (Egypte, Syrie, Italie). Le vin devient alors l'objet de cultes divins dédiés tout d'abord à Osiris, puis à Dionysos et enfin à Bacchus.
La mythologie égyptienne associe le vin au culte d'Osiris, Dieu de la vie après la mort, symbole du renouveau de la vie mais c'est le Dieu Rê, Dieu du soleil et le créateur du monde qui introduit le vin sur terre afin de préserver le genre humain de la colère de la déesse Hathor.
Dans la mythologie grecque, Dionysos, fils de Zeus et de Sémélé, symbolise le Dieu de la vigne et du vin. Sur son passage d'Egypte en Inde en passant par la Syrie et la Grèce, Dionysos transmis aux hommes l'usage de la vigne et établit un culte nouveau.
Ce culte était célébré dans toute la Grèce une fois dans l'année au cours des fêtes du printemps. Les Dionysies se déroulaient ainsi sur 3 jours, le premier jour les vins de tous les propriétaires étaient consacrés aux dieux dans les sanctuaires. Le deuxième jour de nombreux concours liés aux vins étaient organisés et enfin le troisième jour était marqué par des processions tumultueuses où figuraient par des masques, les génies de la terre, de la fécondité ainsi que des hymnes en l'honneur de Dionysos.
Dans la mythologie romaine, le nom de Bacchus représente le dieu de la vigne et du vin, son nom commença à être évoqué Rome dans le second siècle avant notre ère. Les fêtes perpétrées en l'honneur de Bacchus deviennent des lieux d'ivresse, de luxure et de désordre social. Les romains définissaient ces fêtes comme une transgression rituelle annuelle de l'ordre établi permettant au peuple d'accepter l'ordre social le reste de l'année.
2/ Dans le monde judéo-chrétien
Le monde judéo-chrétien est fortement marqué par la symbolique du vin. Ainsi, la vigne apparaît pour la première fois dans la bible, après le déluge. La vigne représentant le don de Dieu aux hommes, devient l'image d'Israël et de son peuple.
Le vin symbolise aussi le sang de la vie, Jésus réalise son premier miracle en transformant l'eau en vin lors des noces de Cana. La veille de sa mort, le christ réalise son dernier miracle avec le vin en transformant du vin en sang du Christ.
Le vin dans la tradition chrétienne est non seulement source de joie, de paix et de vie mais il est surtout le trait d'union sacré entre l'homme et Dieu.
3/ Le monde antique
Il y a 6000 ans, les hommes buvaient du vin dans le Caucase, il est ensuite apparu en Perse où l'on a retrouvé des traces dans un amphore.
En Mésopotamie
A peu près en même temps que dans le Caucase, le vin apparaissait en Mésopotamie, chez les Sumériens. Les Sumériens seraient les inventeurs des " AOC " car ils distinguaient déjà les vins de plaine et les vins de montagne.
En Mésopotamie, le vin était surtout du vin de dattes ou de palmes. Il a fallu attendre le Ier millénaire avant J-C pour que la vigne s'acclimate avec succès à ces régions.
De nombreuses tablettes attestent l'existence d'un commerce actif avec les pays montagneux de l'Ouest (le Liban).
En Egypte
En 3000 avant J-C, l'Egypte devient le premier pays du bassin méditerranéen à développer et à cultiver la vigne, en plus de la bière qui était la boisson nationale.
Ils appréciaient la " douceur " du vin mais sa consommation étaient limitée car le vin, ayant un caractère sacré, était principalement utilisé dans les cérémonies religieuses.
Les vignes étaient cultivées dans le Delta et même si les égyptiens ne furent pas les premiers vignerons, ils furent les premiers à décrire aussi clairement dans leurs bas reliefs leur maîtrise de la vinification. Le commerce du vin était devenu très actif sur le Nil et les Egyptiens, pour faciliter ces échanges, étiquetaient leur vin.
En Grèce
A l'époque de l'apogée d'Athènes, les Grecs consommaient couramment du vin mais aussi du lait et de l'hydromel. Le vin se buvait tout au long de la journée. Les grecs buvaient du vin pur (Acratos) au petit déjeuner et lors du déjeuner.
Puis les Grecs soupaient en 3 temps : Le 1er était consacré à l'apéritif où l'on buvait un vin aromatisé dans une large coupe collective. Le 2ème le souper était composé de viandes, de céréales et bien sûr de vin. Enfin, venait le Symposium, cet après repas consistait à boire du vin, il débutait par une libation portée à Dionysos puis on désignait le maître de cérémonie. Celui-ci était chargé d'indiquer la quantité de vin qu'il convenait de boire ainsi que du sujet qui allait être débattu. Le Symposium pouvait durer des heures mais s'arrêtait cependant au coucher du soleil.
Le vin ne fermentait pas toujours en cuve et se conservait assez mal c'est pourquoi, les grecs ajoutaient au vin des aromates (miel, thym, menthe, cannelle) et de l'eau salée.
Les vins étaient ensuite mis dans des outres de peau de chèvres imperméabilisés à la poix. Par contre, lorsqu'ils étaient acheminés par la mer, les vins étaient transportés dans des amphores.
A Rome
Les Grecs, initiateurs de la viticulture dans le bassin méditerranéen, ont été relayés dans leur œuvre par les Romains. Le vin est alors cultivé dans toute l'Italie mais surtout dans le sud où il avait été importé par les Grecs et où il était réputé pour sa capacité à se conserver longtemps. Ils arrivaient ainsi à faire vieillir les vins pendant plus de 20 ans en les plaçant dans des amphores, mélangés à la poix et à la résine, sur lesquelles étaient mentionnées date et provenance.
Les Romains savaient également clarifier leurs vins en utilisant le collage pratiqué de nos jours. De même, qu'ils corrigeaient leurs vins par filtrage et coupage entre vins différents, ils amélioraient leur bouquet par addition de substances minérales et végétales.
Les Romains, comme les Grecs, étaient des grands amateurs de vin, ils buvaient du vin essentiellement lors du dîner (Cena). Ce repas commençait par une libation en l'honneur de Bacchus où les convives dégustaient du vin miellé puis divers crus provenant de toute l'Italie. Le vin était alors versé dans des cratères pour le couper avec de l'eau, le boire pur aurait été un acte barbare
II /LES REPAS DANS LA BIBLE
1/ Manger est-il un acte sacré
Après tout, pourquoi y a-t-il tant de moines sur les boîtes de fromage ? Pourquoi tant de vignobles portent-ils des noms de saints ? Pourquoi tant d’abbayes productrices de bières, de fromages, de liqueurs, de bonbons, de gâteaux, de chocolats et autres pâtes de fruits ? Pourquoi tant de bons religieux inventeurs d’élixirs en tous genres ? Mais aussi, pourquoi tant de mentions de repas dans l’Evangile ? La réponse paraît simple : c’est, bien sûr, parce que la nourriture est quelque chose de vital. Mais il faut aller plus loin : parce que c’est vital, parce que le boire et le manger sont, à toutes les époques, et en tous lieux, des éléments essentiels de la vie humaine, le boire et le manger sont très souvent intimement liés au sacré, et ce, dans toutes les religions.
Manger ensemble : le partage de la table crée entre les convives une communauté d’existence. Ce repas peut aussi avoir un caractère sacré, dans les religions païennes comme dans la Bible. Et on peut, en quelque sorte, s’asseoir à la table des démons ou à celle de Dieu : chacun réalise la communauté d’existence qu’il veut, avec Dieu ou avec les puissances d’en bas. Un exemple dans le Premier Testament de repas sacré d’alliance avec Dieu: Ex 24,7-11. Bien plus tard, on retrouvera cette notion de « repas d’alliance » dans la Cène de Jésus avec ses apôtres. A l’inverse, on trouve l’affaire du veau d’or : Ex 32,1-6.
2/ Dans la Bible …
Plus sérieusement, la nourriture en général et les repas en particulier jouent un rôle prépondérant dans l’histoire humaine et donc dans l’histoire biblique. Du fruit cueilli par Adam et Eve ( dont la Bible n’a d’ailleurs jamais dit que c’était une pomme ) au repas de l’eucharistie, en passant par la manne au désert et les noces de Cana, beaucoup de moments décisifs se jouent autour d’un repas. Combien de fois ne voit-on pas Jésus partager le repas de gens très différents, de la famille de Lazare à une table de pharisien en passant par Zachée ou Lévi les publicains. Ce sera d’ailleurs un des points de friction entre Jésus et les religieux de son peuple : Mc 2,13-17, Mt 11,18-19.
Notons aussi que le récit de la multiplication des pains et du gigantesque repas qui en découle est le texte le plus fréquent des quatre Evangiles, puisqu’on en trouve pas moins de six narrations : 2 chez Matthieu, 2 chez Marc,1 chez Luc et chez Jean.
Nous allons donc, au fil des rencontres, essayer de mieux comprendre tout cela. Nous irons dans l’Ancien et dans le Nouveau Testament, en passant souvent de l’un à l’autre. Nous regarderons de près le sens de la Pâque juive pour mieux voir ce que le Nouveau Testament apporte de radicalement neuf dans l’eucharistie ; nous découvrirons quelques coutumes de repas à sens religieux à travers le monde ; et nous nous attacherons particulièrement à la messe.
3/ La nourriture aux temps bibliques
Et d’abord : qu’est-ce qu’on mange ? Commençons par regarder comment les repas se passaient au quotidien dans le monde biblique.
Bien entendu, ce que je vais décrire ici est surtout vrai à partir du moment où Israël s’est sédentarisé, à partir du moment où les tribus revenant d’Egypte ont commencé à s’installer de manière un peu plus stable et un peu plus durable, autrement dit à partir du X° s. Et comme, contrairement à notre époque, en ces temps-là les choses de la vie courante évoluent assez lentement, ce sera, en gros, le quotidien que connaîtra Jésus. Avant cette sédentarisation, au temps de l’errance des tribus nomades, il faut évidemment imaginer une vie et donc une nourriture encore plus simple et fruste.
4/La création est bonne
Il faut d’abord dire que la religion juive est une religion très réaliste, très proche des réalités de la vie de chaque jour. Son point de départ est une conviction de foi : la création est bonne : et Dieu vit que cela était bon, répète le poème de la Création au livre de la Genèse. Dans toute la Bible, monte le chant d’action de grâce pour le créateur : Ps 65,10-14 ; 104,15.27-28. Les choses et les gestes les plus humbles de la vie sont sacrés parce qu’ils entrent dans le plan de Dieu. Un exemple : la Loi d’Israël exigeait de réciter une prière avant et après les repas. On demande à Dieu ce dont on a besoin : Pr 30,7-9. Les biens matériels ne sont pas méprisables, puisqu’ils viennent de Dieu, mais l’homme doit s’en souvenir. Ce que l’homme possède, il le doit à Dieu, et l’abondance matérielle doit être prise comme un signe de bénédiction de Dieu. Regardez comment Dieu récompense Job de sa fidélité dans l’épreuve : en multipliant ses biens ( Jb 42,10-15 ). Chez les prophètes, l’annonce d’un temps de paix et de joie après des temps d’épreuve, prend bien souvent des images de banquet : par exemple, chez Joël : vous mangerez à satiété, vous louerez le nom du Seigneur votre Dieu, qui a agi merveilleusement pour vous ( Jl 2,26 ) ; Ce jour-là, les montagnes dégoulineront de vin nouveau, les collines ruisselleront de lait, dans tous les ruisseaux de Juda les eaux couleront ( Jl 4,18 )
Mais que mangeait-on aux temps Bibliques ? Une nourriture simple, modeste. Connu depuis très longtemps au Moyen-Orient, le pain constituait l’essentiel de l’alimentation. Cela restera vrai dans beaucoup d’endroits et jusqu’à une époque récente : n’oublions pas qu’une des raisons de la prise de la Bastille en 1789 fut une augmentation telle du prix du pain que les pauvres ne pouvaient plus se nourrir. En hébreu, « manger son pain » signifiait « prendre un repas ». Il fallait donc traiter le pain avec respect : même si le pain durci servait parfois d’assiette, il était par exemple interdit de poser de la viande crue ou une cruche sur le pain, ou de placer un plat chaud à côté ; il était encore plus interdit de le jeter : on devait ramasser les miettes « à partir de la taille d’une olive ». On ne coupait pas le pain : on le rompait. Pensez aux paroles de la messe : Jésus prit du pain, et après avoir prononcé la bénédiction, il le rompit ( Mt 26,26 ).
Le pain n’était pas le même pour tous : les pauvres mangeaient du pain d’orge, les riches du pain de froment, toujours broyé entre deux meules de pierre, ce travail étant souvent celui de la femme.
Les grains de blé pouvaient aussi être rôtis, et servir de garniture à la viande. Broyés un peu gros, cela donnait l’équivalent de la polenta savoyarde ou du couscous des Arabes. On en faisait aussi des gâteaux, parfumés à la menthe, ou au cumin, et même, eh oui, à la sauterelle. Existaient aussi les beignets de farine et de miel frits à la poêle, ce qui n’est pas sans rappeler certaines pâtisseries orientales d’aujourd’hui. Et l’on savait déjà faire des sortes de bonbons parfumés à la rose ou au jasmin, l’équivalent des loukoums d’aujourd’hui.
Au lait de vache on préférait celui de chèvre ou de brebis. Quant au miel, il avait une grande place dans l’alimentation, puisqu’il servait de sucre.
En revanche, l’œuf était quasiment inconnu : on n’en parle pas une seule fois dans l’Ancien Testament, et une fois ( dans la bouche de Jésus ) dans le Nouveau Testament.
Les légumes aussi avaient une grande place : fèves, lentilles ( qui ont rendu Esaü célèbre ! ), mais aussi les salades, les concombres, les oignons.
On mangeait peu de viande : c’était un aliment de luxe réservé aux grandes fêtes ou aux familles les plus riches. Le veau gras pour les grandes circonstances, l’agneau pour les fêtes religieuses, et plus ordinairement le chevreau, le pigeon, mais aussi la gazelle, la caille et la perdrix. Mais c’était surtout le poisson qui nourrissait le petit peuple, mangé le plus souvent grillé ou séché. Si bien que la base du menu habituel, et souvent le menu tout court, était composée de pain et de poisson. On retrouvera bien sûr cela dans les Evangiles : multiplication des pains, repas du Christ ressuscité …
Plus exotique pour nous, on mangeait beaucoup de sauterelles : pensez à Jean Baptiste : il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage ( Mt 3,4 ). Cuites à l’eau avec du sel, comme des crevettes, séchées ou confites dans le miel ou le vinaigre, ou bien réduites en poudre pour parfumer des galettes. Tout cela était cuisiné avec beaucoup d’épices : le sel, venant des bords de la Mer Morte, mais aussi cumin, câpres, coriandre, safran, etc.
Le beurre étant quasiment inconnu, tout était évidemment cuisiné à l’huile d’olive, qui servait aussi en médecine.
Enfin, une grande place était donnée aux fruits : melons, grenades et dattes, figues et raisins dont Jésus parlera souvent, mais aussi les fruits secs grillés : amandes, noix, pistaches.
La religion contrôlait soigneusement tout cela : l’agneau devait être rôti aux ceps de vigne, et surtout il y avait des interdits alimentaires absolus : le porc bien sûr, mais aussi d’autres : Lv 11,1-23. Et les gestes les plus simples étaient aussi très réglementés : Lv 11,29-35.
Le sang étant le symbole de la vie, il était évidemment impensable de manger la chair d’un animal qui n’aurait pas été saigné : c’est la viande kasher : Lv 17,10-14.
Manger c’est bien, mais il faut aussi boire. On buvait de l’eau bien sûr, mais aussi du lait, ou du vinaigre plus ou moins rallongé avec de l’eau ( pensez au Christ en croix : quelqu’un courut, emplit une éponge de vinaigre, et la fixant au bout d’un roseau, il lui présenta à boire ( Mc 15,36 ). On trouvait aussi des jus de fruits plus ou moins fermentés ( il fait chaud ) et même la schechar, une sorte de bière à base de mil et d’orge, qui paraît-il n’était pas sans rappeler la cervoise chère à Obélix et à ses amis Gaulois.
Mais la boisson par excellence était le vin. Il était sacré puisque, sans aucun doute, c’est Dieu qui avait inspiré Noé, premier viticulteur de la Bible. Ce bon Noé fut d’ailleurs le premier ivrogne identifié de la création : Gn 9,20-27. L’Ancien Testament cite le vin 141 fois, ce vin source de joie : le vin réjouit le cœur des humains en faisant briller les visages plus que l’huile. Le pain réconforte le cœur des humains ( Ps 104,15 ). Il peut être la meilleure et la pire des choses : Si 31,25-31. Il y a même de descriptions assez réalistes de l’alcoolisme : Pr 23,29-34. Comme on n’ignorait pas les conséquences d’une consommation excessive de vin, il était interdit aux magistrats qui allaient rendre la justice et aux prêtres en fonction : Lv 10,8-11.
La vigne était le symbole d’Israël, pensez aux paraboles de Jésus sur les vignerons. Le vin était donc lui aussi l’objet de nombreuses prescriptions rituelles.
C’était semble-t-il uniquement du vin rouge, sans doute assez épais, riche en alcool et en tanin. On le servait donc toujours mélangé avec de l’eau. Il était conservé soit dans de grandes jarres, soit dans des outres faites de peaux de chèvre tannées et fermées par une cheville de bois. Là encore, ces outres serviront à Jésus pour développer une parabole.
5/ A table …
On prenait volontiers les repas dehors, dans la cour qui servait à mille choses. On s’installait au moment du repas : on n’a pas retrouvé en Palestine ce qu’on a retrouvé par exemple à Pompéi, des « salles à manger » permanentes. Le peuple ne prenait souvent que deux repas par jour, un tôt le matin avant d’aller au travail, un le soir une fois le travail terminé.
Pour les repas de grande cérémonie ( noces par exemple ) les esclaves et les servantes transmettaient l’invitation, et l’habit de fête était de rigueur ( là encore, on retrouve cela dans les paraboles de Jésus ). Le maître de maison veillait à ce qu’on aie lavé les pieds des invités, lesquels devaient se laver les mains et surtout la droite, qui servait à prendre les aliments. Dans les très grands festins, l’usage était de parfumer la tête des invités de marque.
Très longtemps on a mangé assis, jamais debout, mais au temps de Jésus l’influence de la mode gréco-romaine avait introduit le repas couché sur des coussins, où on s’appuyait sur le coude gauche pour manger de la main droite : pensez aux préparatifs du dernier repas pascal de Jésus avec ses apôtres : vous trouverez à l’étage une grande pièce garnie de coussins ; faites-y les préparatifs ( Lc 22,12 ). Le Siracide explique très bien les choses : 31,12-21. Quand il y avait des invités, le maître de maison ou le maître du repas les servait lui-même : Jésus prit la bouchée qu’il avait trempée et la donna à Judas Iscariote, fils de Simon ( Jn 13,26 ). Bien entendu, la fourchette n’existait pas. En guise d’assiettes, des coupes larges en métal étamé ( jamais en terre, c’était impur ) ou de simples galettes de pain dur. Chez les gens riches, on trouvait de la vaisselle d’argent ou d’or, des cuillers d’ivoire ou de bois rare, et les romains avaient introduit l’usage de la louche.
Les repas des plus pauvres se composaient généralement de pain d’orge, d’olives, de sauterelles et de fruits. Les gens un peu plus aisés ajoutaient du poisson, ce qui a dû être le quotidien de Jésus. En montant encore un peu dans l’échelle sociale, on trouvait d’autres mets sur la table, par exemple du chevreau, des gâteaux et du vin.
C’est dans ce quotidien que Jésus, on l’a évoqué, puisera beaucoup d’images pour ses discours et paraboles.
Mais avant d’en arriver à l’Evangile, faisons à présent un long détour par le sens sacré des repas dans l’Ancien Testament.
6/ Parcours biblique sur la nourriture
Commençons par le commencement : tout débute au jardin d’Eden. Tout ce qui est beau et bon existe là : Gn 2,9. Mais il y a une limite : Dieu met un frein à l’appétit des hommes, au désir de tout dévorer, de tout goûter : Gn 2,16. Accepter la Parole de Dieu sur la nourriture, c’est accepter une loi qui me rappelle Sa présence : le jardin et ses fruits sont offerts à l’homme, mais dans ce jardin la Parole de Dieu, elle aussi, est vie, est nourriture. On connaît la suite de l’histoire : en mangeant du fruit défendu, en voulant dévorer ce qui appartient à Dieu, l’homme et la femme s’éloignent de leur vocation et de leur proximité avec Dieu.
BENIR …
Ainsi, manger n’est pas anodin, il y a une manière de manger qui respecte Dieu, et ce jardin, mais aussi ce que nous sommes. Il y a une manière de manger qui, en voulant tout absorber, apporte la souffrance et la mort. La leçon pour nous est d’apprendre à manger en bénissant Dieu, en n’oubliant pas le donateur. C’est le sens du « benedicite » avant le repas et des grâces après.
PARTAGER
On peut vouloir tout accaparer, mais on peut à l’inverser partager son pain avec d’autres, accueillir à sa table, s’asseoir à une même table. Le fait de manger ensemble entrera dans les rituels d’alliance, dans les alliances humaines comme dans l’alliance avec Dieu. Par exemple, avant de se faire un serment mutuel, Isaac et son ancien ennemi Abimélek commencent par un festin : Gn 26,26ss. Accepter de manger et de boire ensemble nous engage les uns envers les autres. Ici, le repas scelle l’alliance entre Isaac et Abimélek. Partager la table de son ancien ennemi, c’est rétablir la paix, la communion.
III / Un exemple : Le vin, les noces de Cana et le partage eucharistique.
On ne saurait bien comprendre les problèmes de l'abstinence sans évaluer la pesanteur sociale des boissons alcoolisées avec leur enracinement historique et religieux. Car il n'est pas de faille entre le partage Eucharistique du pain et du vin et le partage du casse-croûte sur le chantier ou dans l'équipe ouvrière.
1/ Les noces de Cana.
La Cène est le dernier repas du Christ. Il contient l'acte fondateur de l'Eglise dans le partage du pain et du vin. Mais le premier prodige de la vie publique de Jésus est la transformation de l'eau en vin aux noces de Cana. Entre les deux s'inscrit le drame christologique.
"Or, il n'y avait plus de vin car le vin des noces était épuisé... Jésus dit : "Remplissez d'eau ces jarres." Ils les remplirent d'eau jusqu'au bord. "Puisez maintenant leur dit-il "et portez-en au maître du repas". Ils lui en portèrent. Le maître du "repas goûta l'eau changée en vin..." "Tel fut le premier signe de Jésus..."
Cette transformation miraculeuse prend toute sa force en opposant le vin, boisson pure, à l'impureté ordinaire et redouté des eaux dans l'environnement aride de l'Orient méditerranéen.
D'un point de vue religieux, l'eau simple baptise les corps, la nouvelle eau purifiée par Jésus, le vin, atteint l'âme en pénétrant le corps. L'Eglise voit dans ce prodige, l'image du changement radical que le Christ demandait aux hommes.
2/ L'institution de l'Eucharistie.
L'Eucharistie instituée lors du Dernier Repas est d'une toute autre portée. Le sang, l'âme, le corps et la divinité du Christ sont présents sous les Espèces et apparences du pain et du vin (dogme de transubstanciation). Pour les fidèles recevant la communion, cette présence est considérée comme réelle ou symbolique selon les cultes. Nous rappellerons que la sacralisation du pain et du vin, mémorialisée par le Christ, préexistait à la nouvelle religion depuis des temps très anciens :
* pain et bière étaient, dans l'ancienne Egypte, les deux nourritures dont le défunt ne devait pas manquer pour le voyage dans l'au-delà ;
* le pain, don de Déméter et le vin, don de Dionysos, confèrent à ces deux divinités "le premier rang chez les hommes".
* mais dans le Nouveau Testament le pain et le vin sont (ou représentent) la chair et le sang du Dieu venu revêtir l'image de l'homme, et sacrifié. A ce titre, le repas eucharistique mérite toute notre attention.
Il eut lieu pendant la fête pascale, mais il n'est pas le repas de la pâque juive qui réunit normalement la communauté familiale. La Cène a réuni des disciples, des amis, assemblés pour leur attachement à leur maître. Ce dépassement des liens naturels de la famille est conforme à la vision universaliste de la nouvelle religion.
L'institution de la présence réelle (ou symbolique) sous les deux espèces est ainsi décrite :
- Jésus prit la coupe, rendit grâce et la donna à ses disciples.
- Il trempa un morceau avec le disciple qui allait le trahir.
- Il prit du pain et rendit grâce.
- Il rompit le pain et le distribua aux disciples en expliquant la signification du pain.
- A la fin du repas il prit la coupe et rendit grâce.
- Il fit circuler la coupe en expliquant ce qu'elle signifiait.
Tous ces éléments font partie du rituel de la pâque juive, mais Zizioulas relève la réalité nouvelle dans l'interprétation du repas :
- le pain qu'il a béni, rompu et distribué aux disciples est son corps donné pour "nous";
- la coupe, qu'il a bénie et fait circuler, est son sang, le sang d'une nouvelle alliance.
Les disciples doivent à leur tour rompre le pain et boire à la coupe après avoir béni. Le repas pascal du rituel juif comportait un élément sacrificiel : égorger un agneau, manger l'agneau égorgé dans un repas de communion. Cet événement est essentiel et son omission n'est qu'apparente : "La mise à mort et la manducation de l'agneau ne pouvaient qu'être absents de la dernière Cène, dit Zizioulas, parce que le Christ lui-même est l'agneau pascal.
" Pour comprendre les paroles 'ceci est mon corps, ceci est mon sang', il faut toujours se souvenir, dit cet auteur, que le Christ se charge du rôle de l'agneau sacrifié".
Nous n'en allons que mieux comprendre les dimensions, non seulement religieuses, mais encore sociales, culturelles et morales du partage sang divin sous l'Espèce et apparence du vin.
On rappellera au préalable que les anciens voyant le sang quitter le corps, ne voyaient autre chose que s'en aller la vie et le souffle de l'âme, autrement dit l'Esprit. Avec la transubstanciation du Sang en Vin nous devons entendre que le breuvage devient (et éternise) le principe de Vie. Non pas selon la vision biologique, induite en nos esprits par la rationalité scientifique moderne, mais un principe qui soutient objectivement l'âme, insufflée à chaque être par l'Esprit.
Ceci étant, le dogme de l'Eucharistie a impliqué très largement le développement de la pensée occidentale. De telle sorte qu'une revue rapide devra se recentrer autour de deux points rigoureusement articulés :
- le sacrifice du terme supérieur (Divin)
- les liens du sang versé avec les principes sociaux de réunion et de partage.
Le rituel d'offrande et son renversement.
Le pain et le vin, mémorialisées par le Christianisme lui préexistaient. Mais, que le deux Espèces thématisent un sacrifice offert à l'homme par son Créateur, constitue un phénomène inaugural. Le Christ en prenant la place de l'agneau introduit une inversion qui se répercute de façon systématisée sur la totalité des relations que chaque homme entretient avec soi-même, avec son semblable, et avec le terme supérieur de qui il tient son existence.
La sacralisation des biens de subsistance se rencontre dans toutes les religions et cultures. La nourriture est communément et électivement objet d'offrande, témoignant du pouvoir de Dieu sur les hommes. Afin d'obtenir les faveurs de Yahvé, le fidèle lui offre un sacrifice et le renouvelle. Les dieux de l'Olympe décidaient du sort des mortels : ils punissaient ou récompensaient mais leurs idoles recevaient aussi leur lot. L'homme préhistorique devait par le même geste obtenir les faveurs des divinités qui hantaient son univers. Et par là, les moyens de sa survie.
On a souligné la résonance lointaine du repas totémique, et c'est en terme de lien oral que se situe la manducation eucharistique. L'acte de sacrifice étant destiné aux Hommes et non à Dieu, elle conservera la marque de ces lointaines origines.
L'Eucharistie, dit le théologien, concerne "l'existence personnelle de l'homme", lui offrant "la possibilité d'être pleinement inséré dans son histoire, sans en être l'esclave". A la formule hellénique "des dieux, un homme", est substituée la formule "un Dieu, des hommes". Ceci veut dire que chaque homme est établi dans son être par le sacrifice que le Christ lui destine, l'instituant "participant de la nature divine".
En cela l'Eucharistie "le rend capable de dire pleinement 'je' mais toujours en relation au 'tu' et au 'nous' c'est-à-dire qu'elle l'aide "à se perdre lui-même comme individu pour devenir une personne". Mais une personne soumise aux désirs, dont Saint Paul rappelle les termes du débat intérieur : "Tout m'est permis mais tout n'est pas profitable (...) tout m'est permis, mais j'entends, moi, ne me laisser dominer par rien" (1, Cor. 6-2..)
Liberté et communauté.
Mais est-il homme libre et debout, sans la possession du pain et du vin en tant que droit ? Héritage des découvertes agraires, à qui l'on doit de vivre "d'une vie supérieure à celle des bêtes", ils sont et représentent, de façon très concrète - mais basique - le bien dont chaque homme doit disposer au sein de la collectivité. Ils témoignent d'une appartenance où la dignité de l'être est posée en termes économiques et sous ses deux faces que sont la survie de la personne et sa participation au travail productif. Le pain et le vin de l'Eucharistie signifient une communauté de consommation, héritière d'une communauté de production, lieu d'élaboration de nos structures sociales.
Car la liturgie catholique désigne le pain et le vin comme les "fruits de la terre et du travail des hommes". En tant que fruit du travail des hommes, le vin véhicule une représentation qui s'enracine dans les sources les plus lointaines. Dès la Genèse, l'acte de cueillette passive est révoqué. La production active et collective de nourriture, est une richesse issue de la réunion des hommes en société. Le vin, y prenant place en tant que seule boisson salubre, est alors étroitement associé au travail et à la capacité de travail.
Dans les sociétés archaïques, les activités de chasse et de pêche sont suivies d'une répartition collective de nourriture entre tous les hommes, selon leur rang et sans oublier les dieux. Dans les époques ultérieures le procès de production ne cesse jamais d'avoir son reflet dans les actes de consommation.
Arrosages ou bénédictions des oeuvres humaines, des plus humbles aux plus glorieuses, gestes profanes ou gestes sacré, nous disent à quel point le symbolisme du Vin est lié au travail productif et créatif des hommes, toujours dans leur réunion en société. Dans la vie de tous les jours, on ne saurait percevoir de faille entre le partage Eucharistique du pain et du vin et le partage du casse-croûte dans l'équipe ouvrière ou sur le chantier.
Cela présente une contre-partie. Dans nos cultures occidentales, l'usage du vin, si étroitement lié au travail humain, induisait, il y a peu, cette question : "s'il ne boit plus, pourra-t-il travailler?" révélant une préoccupation souvent sincère des famille. Elle était posée face à l'abstinence dans laquelle on engageait le patient. Le vin étant réputé donner des forces, l'homme robuste doit témoigner par son travail de sa vigueur physique et mentale... Mais plus subtilement c'est peut-être le droit de pleine appartenance à la communauté qui est en question, et que l'abstinent peut se voir retiré.
3/ Le cache-sexe de la chrétienté.
Il est dans la nature humaine que le lien communautaire, pour être contraignant, n'est pas moins souhaité festif et convivial. Nous abordons ici une autre face où le symbolisme du vin renvoi plus directement à des faits ancrés dans l'être corporel, mais tombant sous le pouvoir de la pensée. Bien-être, santé, joie, force, ardeur, virilité, liberté, sont des évocations qui parlent d'elles-mêmes :
- C'est pour la joie des humains, dit-on, que le vin leur est donné ; il est même considéré comme l'un des dons les plus significatifs que les dieux aient fait aux hommes : Dieu voulant les punir menace de les priver de vin.
- Des arguments étymologiques relient la vie à l'usage du vin. Dans l'Ancien Testament le vin est souvent lié à la Terre Promise et l'on a noté la relation ancestrale entre l'installation (la sédentarisation) et la culture de la vigne .
- La relation du vin "à la santé", s'exprime dans les rituels conviviaux les plus ordinaires. Boire, offrir du vin, et non de l'eau, est un gage, et une garantie de santé pour les raisons que l'on sait. Mais les vertus thérapeutiques de l'alcool guérisseur sont aussi largement honorées. Le bien-être qu'il procure, chaleur et joie, est communicable.
- Le vin signifie aussi ardeur et courage. Il valorise la combativité et la puissance virile qui lui sont étroitement liées dans l'imaginaire collectif. La capacité de consommer est affirmation de virilité ("si tu ne bois pas, tu n'es plus un homme"). De nos jours encore, ce symbolisme concerne plus l'homme que la femme. L'accès à l'alcool était il y a peu de temps encore privilège ou nécessité pour l'un, déchéance pour l'autre.
Expression même de la vie, ces sentiments exaltés sont aussi ceux de la relation intime avec soi-même et le désir. Reconnus et rassemblés dans l'émotion amoureuse, ils en recèlent le contenu, autrement informulable. Nuances du plaisir, ils sont renforcés par le sentiment singulier d'être soustrait au temps par les vertus du breuvage. Le vin, symbole de l'amour divin, devient dépositaire des émergences dionysiaques appartenant aussi à la sexualité.
Dans un Occident judéo-chrétien qui fustige l'érotisme, ce symbolisme populaire devient l'unique forme communicable de ce qui appartient au sexe : bien-être, joie, plaisir, ardeur, force, santé, etc... La feuille de vigne ne serait-elle pas le cache-sexe de la chrétienté ?
4/ Au-delà du sacré.
Un point reconnu de la proposition eucharistique est la substitution des deux Espèces aux symboles usuels de royauté, l'Or et du Glaive. Sur ce terrain, la "nouvelle royauté" n'a pas pour vocation de n'être qu'une image ; elle est inséparable d'une résonance temporelle. Le cheminement fut lent mais inéluctable : le vin et le pain deviennent un symbole démocratique et, s'il le faut révolutionnaire, dépassant les perspectives ordinaires de la foi. En 1789, le femmes de Paris viennent chercher à Versailles "le boulanger et la boulangère" ainsi dénommés ce jour parce que dans leur dignité royale ils offensaient le peuple en fabriquant leur propre pain. Mais le 20 juin 1792, le roi devra boire un verre de vin à la santé de la nation, tandis que le boucher Legendre l'appellera "Monsieur", instant probablement le plus historique d'une Révolution.
IV/ UN OUVRAGE INCONTOURNABLE :
Voyage aux pays du vin des origines à nos jours
Histoire, anthologie, dictionnaire
Sous la direction de Françoise Argod-Dutard, Pascal Charvet et Sandrine Lavaud Ed. Robert Laffont, coll. "Bouquins", 2007, 1312 p. Prix éditeur : 30 euros.
Présentation
Cette somme inépuisable raconte l'odyssée du vin, héros central de notre culture, confluent de Noé et de Bacchus. Le vin livre ici son histoire intime, technique et économique, mais aussi religieuse, littéraire et artistique : sous toutes ses cultures, sous toutes ses couleurs, des racines aux feuilles, coule, au travers de ces pages, la vie du vin qui, plus qu'une substance stimulante, irrigue tous les domaines de notre civilisation.
Cet ouvrage est un inédit qui se distingue de ce qui a été écrit jusqu'à présent à ce sujet, sur plusieurs points essentiels :
1) La passion et la science du vin d'une équipe européenne
Ont collaboré à cette somme impressionnante toute une équipe de spécialistes du vin.
Ils viennent en particulier de l'université de Bordeaux III, Michel de Montaigne et de ses centres de recherche : LAPRIL (Littérature, Arts, Pluridisciplinarité, Représentations, Imaginaire, langages) et CERVIN, (Centre d'Études et de Recherches sur le Vin). On y croise des universitaires du Bordelais qui sont souvent également eux-mêmes des viticulteurs, des archéologues, des linguistes et viticultrices comme Françoise Argod-Dutard, des historiennes comme Marguerite Figeac, des spécialistes des religions comme Michel Meslin, des spécialistes internationaux du vin comme Richard Cooper de l'Université d'Oxford, et des amoureux du vin comme Christian Coulon, Amancio Tenaguillo y Cortázar et Gabriel Saad (membres de CEPDIVIN). Ce mélange des talents, crée un ton unique, savant et sensuel tout à la fois.
2) Une compréhension en profondeur du monde du vin, de son histoire et de ses mutations
Ce volume se compose de deux ensembles qui se développent chronologiquement et parallèlement : "L'histoire et les lieux" et "le Vin et les Lettres".
"L'histoire et les lieux" embrasse tous les aspects, techniques, culturels et sociaux ; il va des origines jusqu'à nos jours et est exposé par les spécialistes du CERVIN ; européen et mondial, il prend en compte les toutes dernières données et intègre tout ce qui touche aux techniques de production et de vinification, aux goûts et manières de table, aux fêtes, et aux résonances artistiques, littéraires et religieuses...
L'ensemble "Le Vin et les Lettres", à côté des textes célèbres naturellement présents ici, recèle une foule de documents inédits, notamment pour l'Egypte grecque, les premiers traités de viticulture au Moyen âge, les récits de voyageurs et pèlerins, ou des textes peu connus, traduits et éclairés par des commentaires nouveaux. Les religions sont ici à l'honneur avec les livres saints et les traditions chrétiennes, juives ou islamiques, où vin et vigne sont omniprésents. On y trouve aussi les amateurs célèbres et leurs crus favoris : Rabelais, Erasme, Ronsard, Montaigne, Louis XIV, Samuel Pepys, Alexandre Dumas, François Mauriac, Michel Mau, Alexandre de Lur Saluces... Ce " Voyage au pays du vin " sait encore nous faire passer du vin, simple aliment, au vin du plaisir, lentement dégusté dans des verres adaptés, et du vin de la fête au vin érotique.
3) Une invitation au voyage, et à la flânerie parmi les mots du vin
Pour que le vin soit mieux connu et mieux savouré, des cartes, une iconographie adaptée, un index des termes essentiels, ainsi que des tableaux des cépages et des millésimes sont donnés ici ; en outre l'on pourra parcourir et apprécier, réalisé par une grande linguiste, experte en vin, le premier dictionnaire, étymologique et technique des mots spécifiques du vin qui intègre les vocables régionaux, les vieux mots, les proverbes et les emprunts.
Voyage et promenade aux mille détours, parmi les terroirs, les cépages, les saveurs et les chapitres successifs d'une histoire nouée indissolublement à celle des hommes, cette somme est appelée à devenir un livre de référence majeure car si le vin a bien une histoire, cette histoire c'est la nôtre, et cet ouvrage nous la restitue.
Ce sont les couleurs de la vie que nous révèle ce Voyage aux pays du vin, un voyage qui commence en Iran, en Turquie, en Syrie ou en Palestine, là où le vin et la vigne sont nés. Après un long périple à travers les continents et les âges, le lecteur découvre les nombreux terroirs du monde d’aujourd’hui. Guidé par les découvertes récentes de l’archéologie, il admire les vignes vertes de la Méditerranée, accrochées aux arbustes ou rampant sur les collines, assiste aux progrès de la vinification – du fouloir aux pressoirs variés –, suit aussi le trajet des amphores, des outres et des barriques, s’initie encore au service des boissons et à l’usage des vases à boire, conçus afin de goûter les vins, coupés d’eau ou glacés, doux, résinés ou cuits.
Tout un monde s’anime sous la plume des historiens, que font revivre ici des traités de viticulture, des papyrus inédits ou récemment traduits, des extraits de poèmes ou de lettres. Le lecteur-voyageur pénètre ainsi au gré des textes au cœur d’une civilisation où le vin joue un rôle central. Incarné dans la mythologie par Dionysos ou Bacchus, célébré par Xénophon et Alexandre, chacun à sa manière, le vin s’impose dans les scènes de la vie privée, nourrit la sociabilité, les offrandes, les libations et les banquets, et tient une grande place dans la politique comme dans la religion. Boisson des dieux, remède pour le corps, source d’inspiration ou de mélancolie, il est un objet d’étude aussi bien pour l’agronome que pour le philosophe, comme en témoignent les observations et conseils de Columelle ou les réflexions d’Aristote.
Ce divin liquide, qui s’étendit en Orient et se répandit en Occident, irrigue toute la culture méditerranéenne. Le vin de la Bible, celui de Naboth et de Noé, grappe merveilleuse, signe tangible de l’alliance renouvelée d’Israël avec Yahvé, est chargé de sens allégoriques. La vigne du Seigneur, c’est le peuple de Dieu, sa plantation, la figure de son élection, sa fertilité, une marque de la bénédiction divine. Le rôle du vin est essentiel et permanent dans la tradition judéo-chrétienne : vin des grandes fêtes juives – Rosh Hashana, Pessah, Pourim, Tou Bishvat –, vin de l’Eucharistie, vin des actions de grâce, vin d’honneur des manifestations religieuses. « Le chant de la vigne » (Is 5, 1-7) exprime un cri d’amour et une espérance messianique qui trouvera son prolongement dans le Nouveau Testament et les commentaires des Pères de l’Église : la vigne est là, signe du royaume de Dieu et du Messie. Cheminant parmi les multiples symboles du vin, le lecteur-voyageur comprend aussi combien ce breuvage fut puissant et chargé d’ambivalence dans le Coran, l’Islam, ainsi que dans la poésie arabe et persane.
Le premier âge d’or du vignoble correspond à celui de la diffusion du christianisme où le vin, boisson mystique, est consubstantiel à la liturgie. S’affirme ainsi progressivement, entre l’époque médiévale et les temps modernes, la civilisation viticole dont nous sommes aujourd’hui les héritiers. Les évêques et les établissements religieux lui donnent son essor ; les seigneurs, avec le développement de la féodalité, renforcent l’implantation et l’exploitation des vignes, relayés bientôt par les villes. Des vignobles de plus en plus septentrionaux ou proches des centres urbains, de nouveaux modes de culture et de vinification apparaissent, le commerce et la consommation se transforment. Cette étape du voyage permet au lecteur de découvrir des vins bien différents des nôtres, décrits par les sources médiévales ou les traités du xvie siècle, de Charles Estienne ou d’Olivier de Serres : les effets de l’ivresse, vus à travers la théorie des humeurs, ou l’apparition des règles du « savoir-boire » retiendront son attention. Le vin du peuple et des clercs n’est pas celui, teinté de mystère, des seigneurs des romans ou des épopées, ni celui des poètes et des artistes, non plus que celui des humanistes, comme Érasme, Rabelais ou Montaigne, dont le lecteur découvrira au passage les préférences gustatives.
Au cours des deux siècles suivants, le vin acquiert un nouveau statut culturel. L’expansion du commerce en Europe, l’enrichissement des nobles et des bourgeois négociants, l’avènement de la qualité et l’extension du vignoble font désormais du vin la composante essentielle de tout un savoir-vivre. Les crus et les grands vins font leur apparition, les techniques de vinification s’améliorent sensiblement, ainsi que le conditionnement, en solides bouteilles de verre fermées par des bouchons de liège. C’est l’époque de la montée des liquoreux, de l’ascension des rouges – qui se confirmera au siècle suivant –, ainsi que celle de la rivalité des bourgognes et des champagnes à la cour de France. Les traités de civilité, qui se multiplient, en disent long sur le vin de l’honnête homme et sur sa place dans les usages sociaux. Le vin reste, en effet, une tentation que les voix de la morale entendent réprimer mais à laquelle cèdent souvent les classiques et plus encore les libertins. Il est aussi et surtout un objet de science et de culture en un temps où l’Encyclopédie diffuse tous les savoirs existants sur le monde connu. Montesquieu, Voltaire, Rousseau manifestent leur intérêt pour cette boisson en plein essor. Des savants écrivent des traités sur la vinification, sur le langage du vin, sa constitution chimique, son développement économique ou ses vertus médicales.
Puis, grâce aux progrès des techniques qui caractérisent la période contemporaine – l’œnologie notamment –, le vin gagne en variétés, en qualité, en distinction et se mondialise. La vigne parvient à traverser la crise du phylloxera, résiste aux maladies et affirme sa place au cœur du développement territorial. Surgissent de nouveaux paysages viticoles, attachés désormais à des appellations d’origine contrôlée, fondées sur la sélection des cépages, des terroirs et des qualités. Objet de dégustations, le vin devient aussi objet esthétique et les textes littéraires se font l’écho de cette évolution en lui donnant les couleurs et les saveurs du mythe. Avec Alexandre Dumas, Victor Hugo, ou Léon Douarche, les vins, dont les auteurs s’attachent à décrire les spécificités, apparaissent inséparables de la gastronomie. Mis en scène sur une table bien dressée, ils sont valorisés par des mets propres à faire ressortir leurs qualités, servis dans des verres qui exaltent leurs arômes. Boire devient un art véritable. La route des vignobles se borde de châteaux ou de demeures de plus en plus élégantes, dont les étiquettes sur les bouteilles témoignent ; les écrivains s’intéressent au vin et à ses paysages, les vendanges résonnent de chansons, tandis que les confréries et le folklore perpétuent les mythes bachiques. Les poètes et les artistes renouvellent les représentations : l’étiquette surgit de la palette du peintre ; le vin de la poésie est « trembleur comme une flamme », et celui du calice est, pour Claudel, le « signe mystérieux de notre salut ».
Les autres routes du vin, empruntées depuis longtemps par les pèlerins et les voyageurs, les marchands ou les négociants, conduisent le lecteur dans la proche Europe et lui font percevoir les singularités d’une culture profondément enracinée en Espagne, en Italie ou en Grèce, mais aussi le long du Rhin et de la Moselle et tout particulièrement mise en valeur par la littérature britannique. Si, d’après les auteurs, le vin fortifie et guérit le corps, il procure encore l’oubli, nourrit l’esprit, inspire les poètes et comble les esthètes, enflammant le désir, célébrant l’amitié et marquant l’hospitalité.
Derrière l’objet marchand, le lecteur-voyageur aura appris à percer les secrets du vin, afin que boire ne cesse jamais d’être un art et que le buveur puisse cultiver la sensibilité de l’artiste. Au terme de cet itinéraire, il pourra s’attarder sur les mots de la vigne et du vin, connaître leur étymologie, leur histoire, leur sémantisme proliférant qui essaime en proverbes, citations et bons mots chez les auteurs amoureux du vin. L’ensemble, enrichi par les textes de l’ouvrage, fournit aux gourmets, amateurs de mots à boire et de vieux millésimes bien en bouche, une synthèse sur les traits constitutifs de la langue et de l’écriture du vin et de la vigne.
Cet ouvrage réunit les compétences multiples d’une équipe de chercheurs. Ils y ont apporté les découvertes les plus récentes, les références nombreuses de chacune de leurs disciplines. Sans eux, ce Voyage aux pays du vin ne serait pas une véritable histoire culturelle de la vigne et du vin. Sous la direction de Pascal Charvet et de Sandrine Lavaud, que nous remercions vivement pour leur collaboration si constante, efficace et enrichissante, se sont associés, en effet, près de soixante auteurs et encore plus de collaborateurs : historiens, géographes, hommes de lettres, œnologues, négociants ou universitaires de la communauté scientifique internationale, ainsi que divers spécialistes, dans le domaine de la vigne ou du vin, comme les membres du Cervin, dans le champ des lettres ou des arts, comme ceux du Lapril, ou dans celui des manifestations culturelles du vin, comme ceux de Cepdivin.
Si la culture de la vigne et du vin se mondialise, elle ne cesse pas pour autant d’exprimer, comme elle l’a fait depuis l’Antiquité, des valeurs éminemment sociales et conviviales, artistiques, littéraires et religieuses, participant ainsi, d’une manière spécifique, à la vie des sociétés et à l’imaginaire européen. Ce livre, vraie carte du tendre vignoble, qui fait s’attabler Noé, Bacchus et saint Vincent, montre comment et fait voir combien, dans les veines de l’Europe, le vin coule de source.
IV/ ET EN FRANCE – UN PEU D’HUMOUR EN CONCLUSION
Puisque nous sommes en France, restons-y : la France qui aime tant donner des leçons au monde entier, et tout particulièrement quand il s’agit de cuisine, la France qui revendique haut et fort sa laïcité, la France qui a inventé une forme unique en son genre de séparation de l’Eglise et de l’Etat, la France donc, fait beaucoup dans le religieux quand il s’agit de manger et de boire.
Deux exemples de menu : vous pouvez faire un repas avec, grâce à un brave chanoine dijonnais, un Kir en apéritif ( à moins que vous ne préfériez un Cardinal, c’est la même chose mais avec du vin rouge ), des coquilles saint Jacques en entrée, du saint Pierre en plat de résistance, du saint Paulin en fromage et un saint Honoré en dessert, le tout arrosé, mettons, d’un vin blanc de St Véran.
Autre menu possible : un verre de saint Raphaël en apéritif, du Jésus en entrée, des pieds de cochon à la sainte Menehould, une salade de capucine, et du saint Nectaire ; pour le dessert, vous avez le choix entre des clémentines, fruit inventé en Algérie par un Père Blanc, frère Clément, et des fruits de la passion, ainsi nommés parce que leurs fleurs figurent de manière paraît-il impressionnante le matériel de la passion de Jésus : la couronne d’épines, les fouets de la flagellation et les trois clous de la crucifixion. Le tout arrosé de st Amour, St Emilion ou St Estèphe ou, si vous le préférez, de St Yorre…
Pour les jours de fête, vous pouvez ouvrir une bouteille de champagne dom Pérignon : grâces soient rendues à ce bon religieux de l’abbaye de Hautvillers qui, au temps de Louis XIV, trouva la solution pour maîtriser et bonifier la fermentation capricieuse du vin des bords de Marne.
Restons, si j’ose dire, en odeur de sainteté, et parlons fromages. La France, dont le Général de Gaulle disait, paraît-il : « comment voulez-vous gouverner un pays qui possède 365 sortes de fromages ? », en réalité, en possède beaucoup plus. Or, beaucoup de fromages ont leur origine et souvent encore leur lieu de production dans des abbayes, comme l’Abondance, le Tamié, le Mont-des-Cats, le Belval, le Citeaux, le Maroilles, le Port Salut, le saint Marcellin, le saint Félicien, le sainte Maure, sans compter le Munster dont le nom vient semble-t-il du mot « monastère ». Faut-il parler du Caprice des Dieux ou du Chaussée aux Moines ?
Côté vignoble, c’est pas mal non plus : nombre de crus de Bordeaux s’appellent saint quelque chose. Pensez aussi au Saint Pourçain ou au Châteauneuf-du-Pape ( dont le nom vient de la proximité d’Avignon où la Papauté s’installa quelque temps ). Et en plus, quand le vin est bon et qu’il flatte le palais, toutes opinions religieuses confondues, tout bon Français s’exclame : « c’est le petit Jésus en culotte de velours » ….
Côté bières, on pourrait faire une litanie avec les abbayes du Nord de la France et surtout de nos voisins belges : Leffe, Affligem, Chimay, etc. N’oublions pas, à tout péché miséricorde, de citer une très bonne bière qui s’appelle le « fruit défendu », dont Adam et Eve fort peu vêtus ornent l’étiquette. Pour compenser, d’autres étiquettes de bières portent d’ailleurs de très suggestifs portraits de diables.
Et que dire, côté liqueurs, de la Bénédictine ou de la Chartreuse ?
Comme on a l’esprit large, on peut même boire de l’eau : Saint Yorre, Saint Amand, San Pellegrino, Sainte Enimie, Saint Georges, Sainte Marguerite, il n’y a que l’embarras du choix.
Côté sucreries, c’est la même chose : on trouve des nonnettes et des religieuses, mais aussi, fermons nos chastes oreilles, des pets de nonne. On trouve aussi des galettes Saint Michel, ou des pains d’épice en forme de Saint Nicolas, que certains enseignants du Nord de la France ont interdit dans leurs écoles au nom de la laïcité, mais ceci est une autre histoire. Il existe également des gâteaux moins connus qui s’appellent le Sacristain, le doigt de la Vierge ou le Jésuite.
Ou n’oubliera pas non plus de mentionner la galette des Rois, les crêpes de la Chandeleur, les cloches et les œufs de Pâques.
Et si avec tout cela vous avez une indigestion, pas de souci, on a de quoi vous soigner avec l’eau de mélisse des Carmes, les gouttes de l’abbé Chaupitre ou la Jouvence de l’abbé Soury.
Mais comme nous sommes un peuple très prévoyant, pour vous faire pardonner vos excès, vous pouvez vous adresser :
à Saint Antoine, patron des charcutiers,
à Saint Vincent, patron des vignerons,
à Saint Amand, patron des brasseurs et cafetiers,
à Saint Honoré, patron des boulangers et des pâtissiers,
à Saint Pierre, patron des pécheurs et des poissonniers,
à Saint Laurent, patron des rôtisseurs,
à Saint Michel, patron des biscuitiers,
à Saint Nicolas, patron des confiseurs…
Merci de votre attention !
BIBLIOGRAPHIE
- « Théo », encyclopédie catholique, Droguet et Ardant – Fayard
- Hélène Renard et Isabelle Garnier : « La cuisine du bon Dieu », Presses de la Renaissance
- C.N.P.L. : « 59 questions sur l’eucharistie », Guides « célébrer », éd. du Cerf
- Daniel Rops : « la vie quotidienne en Palestine au temps de Jésus », éd. Hachette
- Revue « points de repère » N° 207 Oct 2005 : « mieux vivre l’eucharistie »
- Solange Navarro : « la nourriture dans la Bible »,Revue « Christ source de vie », N° 368 à 376
- Vocabulaire de Théologie Biblique ( V.T.B. ) éd. du Cerf
- André Pons : « l’Evangile de st Jean », Revue « Christ source de vie », N° 314
- « Notre pain quotidien », Revue « Christ source de vie », N° 306
- Voyage aux pays du vin Sous la direction de Françoise Argod-Dutard, Pascal Charvet et Sandrine Lavaud Ed. Robert Laffont
- Notes des Bibles T.O.B. et Bible de Jérusalem
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