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Culture et Religiion

Séquence de la Messe et Hymne des vêpres de la fête du Saint Sacrement écrits par Saint Thomas d'Aquin

Publié le 1 Juin 2013 par Christian Chanliau

Séquence de la messe : Lauda Sion

Le plus long texte de notre Hymnaire, l’un des plus beaux, le plus théologique, le chef-d’œuvre de la poésie dogmatique, où, « tout en gardant l’exacte précision de la terminologie scolastique, saint Thomas expose avec splendeur le dogme eucharistique ».

Il le fait en 24 strophes d’inégale étendue: 18 de 3 lignes, 4 de 4 lignes, et 2 de cinq lignes. En une page ou deux, écrit M. Rouzic, « nous avons les figures et la réalité, les prophéties et l’événement. Nous sommes au Cénacle le soir du Jeudi-Saint et nous sommes partout où se dresse un autel catholique. Nous assistons à l’action de Jésus établissant une Pâque nouvelle, et nous apprenons le fond du mystère et les opérations sanctifiantes de l’Hostie dans les âmes ». On comprend que le Père Parsch déclare que cette « poésie dogmatique mérite d’être méditée ».

Et que dire du chant, sinon que sa royale splendeur n’a d’égale que les somptuosités du Te Deum et du triomphal Credo de Du Mont, qu’une initiative récente de Sa Sainteté Jean XXIIII a remis à l’honneur?

Lauda Sion

Lauda, Sion, Salvatorem,

Lauda ducem et pastorem

In hymnis et canticis.

Quantum potes, tantum aude,

Quia major omni laude,

Nec laudare sufficis.

Laudis thema specialis,

Panis vivus et vitalis

Hodie proponitur.

Quem in sacrae mensa cœnae

Turbae fratrum duodenae

Datum non ambigitur.

Sit laus plena, sit sonora ;

Sit jucunda, sit decora

Mentis jubilatio.

Dies enim solemnis agitur

In qua mensae prima recolitur

Hujus institutio.

In hac mensa novi Regis,

Novum pascha novae legis

Phase vetus terminat.

Vetustatem novitas,

Umbram fugat veritas,

Noctem lux eliminat.

Quod ln cœna Christus gessit

Faciendum hoc expressit

In sui memoriam.

Docti sacris institutis,

Panem, vinum in salutis

Consecramus hostiam.

Dogma datur christianis

Quod in camem transit panis

Et vinum in sanguinem.

Quod non capis, quod non vides

Animosa firmat fides

Praeter rerum ordinem.

Sub diversis speciebus,

Signis tantum et non rebus,

Latent res eximiae.

Caro cibus, sanguis potus,

Manet tamen Christus totus

Sub utraque specie.

A sumente non concisus,

Non confractus, non divisus,

Integer accipitur.

Sumit unus, sumunt mille,

Quantum isti tantum ille,

Nec sumptus consumitur.

Sumunt boni, sumunt mali,

Sorte tamen inaequali

Vitae vel interitus.

Mors est malis, vita bonis :

Vide paris sumptionis

Quam sit dispar exitus.

Fracto demum Sacramento,

Ne vacilles, sed memento

Tantum esse sub fragmento

Quantum toto tegitur.

Nulla rei fit scissura,

Signi tantum fit fractura

Qua nec status nec statura

Signati minuitur.

Loue, Sion

Loue, Sion, ton Sauveur,

Loue ton chef et ton pasteur

Par des hymnes et des cantiques.

Ose de tout ton pouvoir,

Car il est plus grand que toute louange

Et à le louer tu ne suffis pas.

Un thème de louange spéciale,

Le pain vivant et vivifiant,

Aujourd'hui nous est proposé.

Lors du repas de la sainte Cène,

Aux Douze ses frères

Il fut donné, nous n'en doutons pas.

Que la louange soit pleine, qu'elle soit sonore ;

Qu'elle soit joyeuse, qu'elle soit parfaite,

La jubilation de l'esprit.

Car nous vivons ce jour solennel

Qui de cette table entend célébrer

L'institution première.

A cette table du nouveau Roi,

La nouvelle pâque de la nouvelle loi

Met un terme à la phase ancienne.

La nouveauté chasse la vieillerie,

La vérité l'ombre,

La lumière dissipe la nuit.

Ce que fit le Christ à la Cène,

Il nous ordonna de le faire

En mémoire de lui.

Instruits par ses saints préceptes,

Nous consacrons le pain et le vin

En hostie salutaire.

Ce dogme est donné aux chrétiens

Que le pain se change en chair,

Et le vin en sang.

Ce que tu ne comprends ni ne vois,

Une ferme foi te l'assure,

Hors de l'ordre naturel.

Sous diverses espèces,

Signes seulement et non réalités,

Des choses sublimes se cachent.

La chair est une nourriture, le sang un breuvage,

Pourtant le Christ total demeure

Sous l'une et l'autre espèce.

On le prend sans le déchirer

Le briser, ni le diviser,

Il est reçu intègre.

Un seul le prend, mille le prennent

Autant celui-ci, autant ceux-là

Le reçoivent sans le consumer.

Les bons le prennent, les méchants le prennent,

Mais d'un sort inégal,

Ici de vie, là de ruine.

Il est mort aux méchants, vie aux bons,

Vois d'une même manducation

Combien l'effet est dissemblable !

Le sacrement enfin rompu,

Ne vacille pas, mais souviens-toi

Qu'il est sous chaque fragment

Comme sous le tout il se cache.

Nulle division n'est réelle,

Le signe seulement se fractionne,

Et par là, de ce qui est signifié

Ni l'état ni la stature n'est amoindri.

AUTRE TRADUCTION, 1962, Maurice LE BAS

Séquence de la Messe du Saint Sacrement

No 70 bis : Lauda, Sion

Chante; ô Sion, dans tes cantiques.

Et par des hymnes magnifiques,

Ton Sauveur, ton Roi, ton Pasteur.

Tout ce que ton amour t’inspire,

Ose-le; mais que peux-tu dire

Pour égaler tant de grandeur ?

C’est aujourd’hui l’Eucharistie,

Pain vivant qui donne la vie,

Qu’on propose à ta piété.

C’est le pain qu’à la troupe élue

Jésus lui-même distribue,

Et le Christ dit la vérité.

Que ta louange glorieuse

Eclate en hymne radieuse,

En chant de jubilation.

Car cette fête solennelle

Du festin sacré nous rappelle

La première institution.

Le Roi nous présente à la Cène,

Mettant fin à la Pâque ancienne

La nouvelle Pâque d’amour.

La vérité succède à l’ombre,

L’ère nouvelle au passé sombre,

La nuit s’enfuit devant le jour.

Le Christ, Auteur du sacrifice,

A désiré qu’on l’accomplisse

Pour rappeler son souvenir.

Nous consacrons comme au Cénacle

Le pain et le vin du miracle,

Pour notre salut à venir.

C’est un dogme de foi chrétienne

Que le pain et le vin deviennent

Son corps et son sang précieux.

Notre ardente foi nous assure

Ce qui dépasse la nature,

Ce que ne peuvent voir nos yeux.

Sous des espèces différentes,

Invisiblement sont présentes

De sublimes réalités.

Chair et sang nourrissent notre âme ;

En chacune la foi proclame

Que demeure le Christ entier.

On le prend sans qu’on le divise,

Sans qu’on le rompe ou qu’on le brise,

On le reçoit sans l’entamer.

Qu’un seul ou mille communient,

A tous le Christ donne sa vie,

Mais en lui rien n’est consumé.

Quand méchants et bons le reçoivent

Et qu’à la même coupe ils boivent,

Ils trouvent la vie ou la mort.

C’était pourtant la même hostie,

Mais face à la mort ou la vie

Combien différent est leur sort.

S’il faut rompre l’Eucharistie,

Ne t’émeus pas, jamais n’oublie

Que le plus infinie fragment

Contient le Christ, entièrement.

Ce n’est pas le corps que l’on brise,

C’est le signe que l’on divise,

Et le Christ, dans ce sacrement,

Ne subit aucun changement.

Hymne des vêpres : Pange lingua

Voici « le grand cantique de l’Eglise ». Dans un début d’un haut lyrisme, le poète célèbre le mystère ineffable du Corps et du Sang du Christ. Après un court rappel de la vie du Sauveur, il évoque le souvenir de la dernière Cène et la première Communion des Apôtres. Voici enfin le Tantum ergo, la prière qu’on ne chante qu’à genoux, prière humaine, certes, mais inspirée, qui se clôt par une doxologie, « écho de l’éternel cantique du ciel à la gloire et à la louange du Dieu Eucharistie ».

Saint Thomas a toujours été reconnu comme l'auteur inspiré des hymnes de cette fête.

Pange lingua

Pange, lingua, gloriosi

Corporis mysterium,

Sanguinisque pretiosi

Quem in mundi pretium

Fructus ventris generosi

Rex effudit gentium.

Nobis datus, nobis natus

Ex intacta Virgine

Et in mundo conversatus

Sparso verbi sermine,

Sui moras incolatus

Miro clausit ordine.

In supremae nocte cœnae

Recumbens cum fratribus,

Observata lege plene

Cibis in legalibus,

Cibum turbae duodenae

Se dat suis manibus.

Verbum caro panem verum

Verbo carnem efficit,

Fitque Sanguis Christi merum,

Et si sensus deficit

Ad fimandum cor sincerum

Sola fides sufficit.

TANTUM ERGO SACRAMENTUM

Veneremur cernui,

Et antiquum documentum

Novo cedat ritui ;

Praestet fides supplementum

Sensuum defectui.

Genitori Genitoque

Laus et jubilatio ;

Salus, honor, virtus quoque

Sit et benedictio ;

Procedenti ab utroque

Compar sit laudatio.

Amen.

Chante, ma langue, le mystère

Du Corps de gloire

Et du Sang précieux

Que pour le rachat du monde

Le Roi des nations,

Fruit d'un noble sein, a versé.

A nous donné, né pour nous

D'une Vierge sans tache,

Ayant, dans ce monde où il vécut,

Jeté la semence du verbe,

Il termina son séjour

Selon un ordre admirable.

Dans la nuit de la dernière cène,

A table avec ses frères,

La loi pleinement observée

Concernant la nourriture légale,

En nourriture aux Douze

Il se donne lui-même de ses mains.

Le Verbe fait chair, par son verbe

Change du vrai pain en sa chair,

Le vin devient le Sang du Christ,

Et si les sens défaillent,

Pour affermir un cœur sincère,

La foi seule suffit.

Vénérons donc prosternés

Un si grand sacrement;

Que les anciens préceptes

Cèdent la place au nouveau rite;

Et que la foi supplée

A la faiblesse des sens.

Au Père et au Fils,

Louange et jubilation,

Salut, honneur, puissance

Et bénédiction !

A Celui qui procède de l'un et de l'autre

Soit une même louange !

Amen.

Autre traduction, 1962, Maurice LE BAS:

No 68 : Pange, lingua, gloriosi corporis

Chante, ô ma langue, le mystère

Du corps sacré, corps glorieux,

Livré pour nous sur le Calvaire,

Et celui du sang précieux,

Versé pour racheter la terre

Par le fruit d’un sein merveilleux.

Il naît pour nous dans une étable,

Dieu nous le donne sans retour;

Fils d’une Mère incomparable,

Dans le monde il sème l’Amour,

Et par un prodige admirable

Il va couronner son séjour.

La nuit, dans la Cène suprême,

Assis à table avec les siens,

Il observe la Loi qu’il aime,

Dans les mets prescrits aux anciens;

Aux Douze, il se donne lui-même

En nourriture, de ses mains.

D’un mot de sa bouche adorable

Il change le pain en son corps,

Le vin en son sang véritable;

Si mon œil me dit que j’ai tort,

Ma foi demeure inébranlable

Et j’y puise mon réconfort.

Prosternons-nous dans la présence

Du plus auguste sacrement,

Et que la nouvelle Alliance

Succède à l’autre Testament;

La foi, devant mon ignorance,

Supplée à mon aveuglement.

A Dieu le Père, au Christ mon frère

Louange et jubilation,

Honneur, salut, puissance entière

Et chants de bénédiction.

A l’Esprit du Fils et du Père

Notre égale acclamation.

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