Le Père Christian Chanliau, aumônier militaire honoraire, livre ici la conclusion de son mémoire de maîtrise à partir de son expérience.
LE DIOCESE AUX ARMEES A UNE VOCATION PARTICULIÈRE Le Diocèse aux Armées se trouve être de par ses fidèles laïcs et ses aumôniers la plus jeune Église Particulière de France. Il a vocation à évangéliser le monde des jeunes. Aujourd’hui 250 prêtres y vivent une expérience de plongée profonde dans une communauté humaine: ils sont du monde militaire, ils en partagent les joies et les peines, les espérances et les détresses. ils y sont présents pour le service de l’Évangile.
Laïcs et prêtres y affrontent les questions difficiles de la guerre et de la paix, de la force maîtrisée et de la violence. Ils ont vocation à la réfléchir en Église et à la partager. C’est aussi un diocèse sans frontière, qui n’a pas d’unité géographique allant de la métropole aux départements et territoires d’outre mer, aux pays avec lesquels nous avons des accords de défense et où des forces sont stationnées en permanence pour une durée de deux ans, parfois en famille, et bien entendu sur tous les théâtres d’opérations extérieures, là où est exigé, soit par l’ONU, soit par l’OTAN, soit pour les intérêts propres de notre nation, le rétablissement et le maintien de la paix.
C’est un diocèse dont les membres portent l’uniforme, mais qui comprend aussi leurs familles, les personnels civils de la défense, etc. Une communauté d’hommes engagés dans le métier des armes. Tous savent qu’ils risquent la mort dans l’exercice de leur métier. Les militaires agissent sur ordre de l’État. Cette obéissance ne peut que marquer leur vie et celle de leur famille. Les situations y sont très variées : terre, air, mer, gendarmerie et dans ces différentes armées, les situations d’emploi, d’implantation, de missions, de contrats, sont diversifiés.
C’est une Église où la mobilité des personnels par le jeu des mutations, par le fait du célibat géographique, rend l’action pastorale difficile. Là où l’implantation géographique d’un baptisé suffisait à son intégration de droit dans une Église locale, territorialement délimitée, ici, c’est la mission — et donc l’engagement professionnel en vue de l’assumer — qui agrège le baptisé au Diocèse aux Armées. Cet état de fait entraîne naturellement un type singulier de juridiction non plus seulement territoriale mais personnelle. Dans le monde militaire les contraintes de hiérarchie, de discipline, du règlement, des services, de la disponibilité, de la rigueur, des traditions, moulent les personnalités, conditionnent les comportements et influent sur les vies familiales. C’est un diocèse où la catéchèse des enfants est assurée en principe par l’Église locale, afin de ne pas les séparer du monde scolaire où doit s’épanouir leur foi. Cette absence de catéchèse propre éloigne parfois les familles de militaires de l’aumônerie et en conséquence du Diocèse aux Armées. Chaque communauté d’aumônerie a son originalité et ses structures les distingue d’une paroisse civile, par exemple une aumônerie ne possède pas de registres, tout est centralisé par le diocèse, à Paris. Le Diocèse aux Armées Françaises est donc une Église aux communautés dispersées, mobiles, rassemblant les hommes bien au-delà d’un territoire, et essayant de les aider à vivre la spécificité militaire en chrétiens, dans des situations humaines parfois aux limites du supportable.
UNE ÉGLISE POUR LA MISSION Aujourd’hui, avec la professionnalisation totale, l’aumônerie est à refonder. Je parle de refondation ici comme on en parle dans l’armée: Nul mépris pour le passé dans ce mot: au contraire il exprime en moi le désir de dire à ceux qui sont aujourd’hui en charge de la mission de tenter de faire aussi bien que ceux qui dans des circonstances tragiques de notre histoire, ont permis à l’aumônerie d’exister au sein même des armées de la République. Mais les temps ont changé et les contraintes ne sont plus les mêmes. Se plaindre est inutile. Regretter le passé ne signifie rien.
Je pense à tous les « grands » Brothier, Delarue, Doncoeur, Iriart…, fidèles compagnons de l’évangile, qui pendant tant d’années ont porté le poids du jour et tenu l’aumônerie à bout de bras, ceux de 14-18, ceux de 39-45, ceux d’Indochine, d’Algérie… Mais je pense aussi à tous les militaires rencontrés, me disant : « Padre, je suis un mécréant » et dont je ressentais le besoin de ne pas se sentir étranger, non pas à moi même, mais au Christ. Je pense aux anciens et aux jeunes, aux généraux, aux officiers, aux sous-officiers et aux officiers mariniers, aux hommes du rang, je pense à tous ces hommes aux si grandes qualités humaines et avec qui aujourd’hui le Diocèse aux Armées doit façonner l’avenir. Comment ? Il s’agît d’abord d’être vrai.
Nous sommes tous, pécheurs. Mais Il faut fonder et refonder sans cesse l’Église au cœur des armées, parce que seule l’aumônerie peut apporter la conviction qu’au cœur des situations humaines les plus dures, c’est au meilleur de nous-mêmes que Dieu parle. Et que c’est là qu’il faut le suivre. Personnellement. Seul, au cœur des plus grandes pauvreté, l’aumônier militaire, mais d’abord prêtre de Jésus Christ, peut dire que l’amour de Dieu est brûlant, incandescent. Et c’est pour ces heures là que l’Église aux armées doit risquer la brûlure de l’Évangile
. Il est facile de ne pas être présent à soi même et de flotter sur les mots. Le Diocèse aux Armées doit toucher le cœur de tous les « pros » du risque. sous le signe de l’Esprit, avec courage et force. Avec la puissance même de Dieu. Construire l’aumônerie dans une armée d’engagés, c’est oser être avec eux dans leurs missions militaires pour la mission que donne le Christ. Il est vrai que les militaires appartiennent souvent à d’autres communautés humaines et chrétiennes. il est vrai aussi qu’il est quelquefois bon de discuter seul à seul avec un ami, avec l’aumônier. Il est vrai que les contraintes de service ou les différences d’âge ne rendent pas facile certaines formes de rencontres. Il est vrai qu’il est difficile de se rencontrer sur l’essentiel et que beaucoup de conversations se terminent au moment où l’on aimerait les commencer. Mais il faut fonder des communautés chrétiennes où chacun a sa responsabilité, où chacun apporte sa recherche de Dieu.
Vivre en Église, c’est oser faire silence, prier et célébrer ensemble. Il peut sembler difficile de le faire en temps de paix où chacun peut se rattacher à des communautés civiles. Mais sera t’il alors possible de le faire en temps de crises si nous ne nous sommes pas donnés les moyens de le faire en temps de paix ? Aumôniers et laïcs doivent oser témoigner ensemble. Il faut être ouvert, respectueux de la liberté de tous et de la laïcité, mais être aussi capable de dire son avis et de ne pas se servir de la tolérance ou du devoir de réserve pour masquer sa peur, rester aux préalables et ne jamais arriver à proclamer ce qui fait l’intime de notre foi: le mystère du Dieu Père révélé par le Christ dans son Esprit.
Ce témoignage nécessite aujourd’hui une vraie formation spirituelle et intellectuelle que l’aumônerie doit se donner les moyens apporter. Mais témoigner ensemble suppose aussi de réfléchir ensemble et, en particulier, de préparer les débats éthiques qui peuvent naître des évolutions de la vie, des techniques et des stratégies militaires. Mais témoigner, c’est encore offrir l’accueil d’une communauté ouverte à tous, priante et fraternelle. Parce qu’ils sont nouveaux dans le milieu militaire, nous avons à cœur d’intégrer les militaires du rang à carrière courte : le meilleur témoignage est celui de l’amitié.
Refonder sans cesse l’Église en monde militaire, c’est enfin servir.
Être militaire c’est, au bout du compte, être dépositaire, pour sa part, du monopole de l’État sur l’emploi de la force. C’est pour le bien commun, accepter de donner la mort et de la recevoir et demander à ses subordonnés de la recevoir. Ce service ne prend son plein sens que dans le don de soi par amour pour les autres; et le critère de la vérité de ce don de soi c’est la volonté d’être compétent et respectueux de tous, du plus grand au plus petit. L’aumônerie se doit d’aider les plus faibles comme elle se doit d’aider chacun à être prêt à se donner.
Il ne s’agit pas de faire vivre une structure. I! s’agit de vivre l’évangile aujourd’hui dans la paix et dans la guerre, certains que Dieu nous aime. «Forts d’une telle espérance, soyons pleins d’assurance » (2 Cor 3,12).
Note de mise à jour le 3 octobre 2008 A la suite de la suppression du service national par Jacques Chirac, Président de la République en 1995, et après la mise en place du Conseil Représentatif du Culte Musulman par Nicolas Sarkozy, alors Ministre de l’intérieur, en avril 2003 Madame Michèle Alliot-Marie, Ministre de la défense a créé une une aumônerie du culte musulman en modifiant le statut des aumôniers militaires en juin 2006. Le premier aumônier musulman placé auprès de l’EMA a été M. AbdelKader Arbi. L’on compte à ce jour 15 aumônier musulmans répartis dans les trois armées
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