9 novembre 2014 – Messe en l’honneur des morts de la grande guerre
Cathédrale Saint Pierre
Frères et sœurs dans le Christ, Il y a cent ans le premier conflit mondial avait commencé depuis presque quatre mois et fait des milliers de morts, avant d’aller plus loin dans cette réflexion je voudrai citer quelques vers de Charles Péguy qui trouvera glorieusement la mort à la tête de ses hommes dans les premiers mois de la guerre : « Heureux ceux qui sont morts pour la terre charnelle, Mais pourvu que ce fût dans une juste guerre. Heureux ceux qui sont morts pour quatre coins de terre. Heureux ceux qui sont morts d'une mort solennelle. Heureux ceux qui sont morts dans les grandes batailles, Couchés dessus le sol à la face de Dieu. Heureux ceux qui sont morts sur un dernier haut lieu, Parmi tout l'appareil des grandes funérailles. Heureux ceux qui sont morts pour des cités charnelles. Car elles sont le corps de la cité de Dieu. Heureux ceux qui sont morts pour leur âtre et leur feu, Et les pauvres honneurs des maisons paternelles. Car elles sont l'image et le commencement Et le corps et l'essai de la maison de Dieu. Heureux ceux qui sont morts dans cet embrassement, Dans l'étreinte d'honneur et le terrestre aveu. Heureux ceux qui sont morts, car ils sont retournés Dans la première argile et la première terre. Heureux ceux qui sont morts dans une juste guerre. Heureux les épis murs et les blés moissonnés » Ces splendides vers, sont le reflet du patriotisme de tout une nation blessée par la défaite de Sedan en 1871 et l’annexion de l’Alsace et de la Moselle à l’Allemagne, l’esprit de revanche règne malgré les tentatives des mouvements pacifistes qui s’incarnent dans l’image de Jean Jaurès assassiné à la veille de la guerre. Le bilan humain de la Première Guerre mondiale s'élève à environ 9 millions de morts et 8 millions d’invalides, soit environ 6 000 morts par jours. Proportionnellement, en nombre de combattants tués, la France est le pays le plus touché avec 1,4 million de morts et de disparus, soit 10 % de la population active masculine. Les textes que nous venons d’entendre ont été écrit il y a environ 2000 ans et pourtant ils semblent avoir été écrit pour notre temps. Dans le texte de la Sagesse, les contemporains de l’auteur ont oublié Dieu en déifiant la nature. Or c’est Dieu qui en est le créateur, cette création est confiée à la liberté de l’homme afin qu’ils soient le propre artisan de son destin. Le respect de cette destiné éminente a été et est souvent bafoué par la guerre quand l’homme cède à la tentation du pouvoir et de l’avoir. Pour l’Evangile, une pluie de feu et de souffre tombent sur les hommes et les font mourir…Ceux qui ont vécu la bataille de Verdun en 1916 et qui est un des grands symboles de la Grande Guerre, ont été, d’une manière réelle sous une pluie de feu, d’obus, de gaz, tout autant à Douaumont, qu’à Fleury, à Vaux, à Vauquois, à Montfaucon, au Bois des Cors, les trois années que j’ai passé à Verdun comme aumônier de la 10ém DB, m’ont permis de découvrir en profondeur ce que dut être « l’enfer de Verdun ». Nous sommes rassemblés dans cette cathédrale pour faire mémoire de tous ceux qui sont morts pour la France, pour tous ceux qui ont fait le sacrifice suprême de leur jeune vie pour notre liberté, pour ceux qui encore aujourd’hui au-delà de nos frontières donnent leur vie en luttant contre le terrorisme abject afin qu’ici en France, autant que faire se peut, nous vivions dans la sécurité et la paix. Notre soif du bien vivre ne doit pas nous faire oublier le drame des populations iraquiennes, syriennes, maliennes et la liste n’est pas exhaustive. Nous devons penser aussi à ceux qui survivent aux horreurs des conflits, qui y ont perdu un être cher, et qui doivent se reconstruire intérieurement pour continuer la route de la vie. Parmi vous certainement, plusieurs ont vécu les conflits indochinois et algériens, plus récemment ceux du Liban, du Tchad, des Balkans, d’Afghanistan, du Centrafrique, de Côte d’Ivoire, partout les mêmes horreurs se dévoilent aux yeux de nos soldats. Oui, la mémoire de nos soldats morts au combat nous est chère et c’est pourquoi nous leur faisons l’offrande de notre prière, cette prière qui prend sa source dans le sacrifice suprême du Christ sur la Croix du salut, mais aussi dans la lumineuse aurore du matin de Pâques. Car la vie va vers la Vie, la vie de nos soldats comme celle de tout homme n’est pas détruite elle est transformée et devient éternelle dans la gloire du Ressuscité. Ceux qui sont morts sur les champs de batailles sont l’honneur de notre patrie, leur sang versé doit nous rappeler que la paix est le bien le plus précieux de l’humanité et que notre engagement pour cette cause doit être celui de tous les hommes de bonne volonté, le grand texte du pape Jean-XXIII « Pacem in Terris », publié au lendemain de la crise de Cuba qui faillit précipiter le monde dans le premier conflit nucléaire, reste pour nous une référence majeure. Au lendemain des guerres les survivants veulent construire un monde meilleur, c’est ainsi qu’au lendemain du second conflit mondial des hommes se sont levés, tels Jean Monnet, Robert Schuman, et bien d’autres, pour construire l’Europe, afin que les tragédies du passé ne se reproduisent plus, cette Europe nous garanti la paix depuis 65 ans, cette Europe malgré parfois ses lourdeurs ou ses faiblesses qui nous font douter d’elle est nécessaire à notre continent, mais doit revenir sans cesse à la source et à l’esprit de ses fondateurs. La France est-elle aujourd’hui digne de tant de sacrifices consentis au cours des siècles sous les plis sacrés de notre drapeau qui porte inscrit en lettres d’or la devise de notre patrie : « Liberté, Egalité, Fraternité » ? Nous en sommes dignes si nous continuons à avoir l’esprit de sacrifice. Le 11 novembre est la fête de Saint Martin, cet officier romain qui partagea son manteau pour couvrir un pauvre erre qui avait froid…que faisons-nous concrétement aujourd’hui pour recouvrir les pauvres de notre pays du manteau de l’Egalité et de la Fraternité ? Sommes-nous capables de renoncer à quelques avantages pour bâtir ce monde meilleur auquel aspiraient les poilus survivants ? Comment rendre un hommage sans faille à ceux qui sont morts pour nous sans œuvrer pour la justice sans laquelle la paix ne serait qu’un leurre ? L’hommage aux morts pour la France doit dépasser le temps d’une messe et d’un dépôt de gerbes au monument aux morts une fois l’an. L’hommage aux morts c’est nous engager pour la dignité de l’homme et lui ouvrir une route d’espérance. La France est capable de cela, aujourd’hui, en ce 9 novembre, pensons qu’il y a 44 ans s’éteignait le Général de Gaulle à Colombey les deux Eglises, aux heures des épreuves du pays il avait su ouvrir une brèche d’espoir, cet homme pétri par la mystique de Péguy et de Maritain a aussi été un officier combattant, trois fois blessés, durant la guerre de 14-18, il sera par deux fois au rendez-vous de l’histoire de France quand celle-ci eut besoin de lui, je voudrai en guise de conclusion vous laisser ces mots puisés dans les « Mémoires d’Espoir » et qui peuvent aiguiser notre devoir d’engagement au service de notre pays : « La France vient du fond des âges. Elle vit. Les siècles l’appellent….Y habitent des peuples qu’étreignent au cours de l’histoire, les épreuves les plus diverses, mais que la nature des choses pétrit sans cesse en une seule nation…Mais de par la géographie du pays qui est le sien, de par le génie des races qui la composent, de par les voisinages qui l’entourent, elle revêt un caractère constant qui fait dépendre de leurs pères les français de chaque époque et les engage pour leurs descendants…Aussi l’Etat qui est en charge de la France, est-il en charge, à la fois, de son héritage d’hier, de ses intérêts d’aujourd’hui et de ses espoirs de demain… » Amen.
Abbé Christian Chanliau Aumônier militaire honoraire
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