~~PAUL VI « ENFIN » BIENHEUREUX Le 20 juin 1963, le cardinal Jean-Baptiste Montini est élu successeur de Jean XXIII, il est alors archevêque de Milan, où Pie XII, peu reconnaissant des immenses services qu’il a rendu au Saint Siège depuis 1924 l’envoie en exil après une sorte de complot de la curie à son égard. C’est Jean XXIII qui le créera cardinal, quasiment dès son élection, le 15 décembre 1958. Les cardinaux choisissent ainsi un homme qui va mener l’œuvre conciliaire à son terme, en trois sessions. Paul VI clôturera le concile le 8 décembre 1965. Ces sessions font ressortir de nombreux clivages, Paul VI aura à cœur de faire parvenir les Pères à des consensus, il veut éviter une cristallisation bipartisane. Les batailles les plus serrées ont lieu sur les thèmes de la liberté religieuse. L’enjeu était l’attitude que devait avoir l’Eglise face au monde contemporain. Le Concile avait soulevé d’immenses espérances et le réveil allait soit refroidir celles de certains, soit exciter l’inquiétude des autres. Trente mois après la clôture éclatait en France « Mai 68 », cette date symbolique ne déstabilise pas seulement l’idéal occidental de vie, mais a des incidences religieuses profondes, il y aurait de multiples exemples, mais celui de la liturgie est typique. En 1963, les pères avaient voté une constitution sage, les novations y étaient rares…Brusquement se déclenche à un rythme pressé la « réforme liturgique » favorisée par l’évolution des modes de vie. Paul VI promulgue un nouveau rite qui remplace la messe dite de « Saint Pie V » en vigueur depuis le concile de Trente. Certains en déduisent qu’il faut non seulement dépouiller les églises mais aussi la doctrine. Paul VI en devient aux yeux de certains le complice. Jacques Maritain dira que « la crise moderniste n’était qu’un rhume des foins par rapport à la crise qui agite l’Eglise posconciliaire ». Le malaise ecclésial ne se limite pas au domaine liturgique, les vocations diminuent, les prêtres s’interrogent, nombreux sont ceux qui renonceront au sacerdoce…Certains théologiens avancent des thèses peu catholiques sur la divinité de Jésus, la Résurrection, la Présence Réelle….et refusent toute soumission au magistère. Sous le Pontificat de Paul VI, en 15 ans, l’Eglise change davantage qu’en 4 siècles. La mutation atteint toutes ses strates depuis la paroisse jusqu’à son sommet romain. La mutation la plus importante sera la mise en valeur de la collégialité épiscopale, puis l’internationalisation de la curie. Paul VI institue les Synodes, qui rassemblent régulièrement à Rome les représentants de l’épiscopat catholique du monde. C’est aussi sous le pontificat de Paul VI que les Eglise Locales, se voient reconnaître une grande part d’autonomie. Les Conférences Episcopales voient le jour, la plus importante sera celle d’Amérique Latine (CELAM), Paul VI se rendra à celle Medellin en Colombie en 1968. Le rayonnement de Paul VI à travers ses voyages très ciblés (9 en tout), Terre Sainte, Inde, ONU…donne au Saint Siège un poids diplomatique jamais égalé, à sa mort, plus de 80 pays ont des ambassadeurs accrédités auprès du Saint Siège. Paul VI est le pape qui aura réaffirmé la vocation universelle de l’Eglise dans un langage nouveau, son encyclique « Popularum Progressio » donne le ton de l’engagement irréversible des catholiques en faveur de la dignité de la personne humaine. Paul VI dira que « l’Eglise est experte en humanité ». Son cri à l’ONU est demeuré célèbre « Plus jamais la Guerre » le baiser de paix en Terre Sainte avec le Patriarche Athënagoras, et la levée des excommunications réciproques marquent l’impulsion que veut donner Paul VI à l’œcuménisme. Il sera le 1er pape à envoyer un représentant au Conseil Œcuménique des Eglises à Genève. Cependant ces transformations irréversibles se sont déroulées dans un climat de crise, dont la plus marquante fut la rupture avec la Fraternité Saint Pie X. Paul VI est certainement le pape du XXème siècle qui a le plus souffert des désobéissances et des révoltes internes. Il écrit 7 encycliques et 12 exhortations apostoliques. « Evangelii Nuntiandi » porte en germe l’œuvre des pontificats à venir. Cet homme frêle et fragile, fût un grand pape. Il s’éteindra le 6 août 1978, à Castelgondolfo, en la fête de la Transfiguration du Seigneur après avoir ouvert l’Eglise au dialogue avec tous les hommes de bonne volonté. En le béatifiant, le Pape François donne à l’Eglise de redécouvrir dans la sérénité le visage d’un homme qui malgré les calomnies fit faire à l’Eglise un pas irréversible d’engagement au service de l’humanité. Christian Chanliau
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