Overblog Tous les blogs Top blogs Religions & Croyances
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité
Christian Chanliau.overblog.com

Culture et Religiion

L’ASSOMPTION DE MARIE ET LE SENS DU CORP

Publié le 13 Août 2014 par Christian Chanliau

L’ASSOMPTION DE MARIE ET LE SENS DU CORP

Le 1er novembre 1950, le Pape Pie XII a défini comme un dogme de foi l’Assomption de la Vierge Marie. Parler de son Assomption, c’est dire que Marie, dès la fin de sa vie terrestre, « a été élevée à la gloire du ciel » avec son âme et son corps. Tel est le sens de la fête du 15 août, qui éclaire le milieu de l’été d’une lumière pleine d’espérance. Loin de nous faire oublier les réalités de la terre, l’Assomption nous invite à les regarder d’une manière nouvelle. Elle nous dit en particulier quelque chose d’jmportant sur notre corps.

Souvent dans notre société le corps humain est à la fois idolâtré et méprisé. Idolâtré, comme le montrent les efforts déployés dans nos pays riches pour le gaver, l’habiller (ou le déshabiller!), l’embellir, le maintenir jeune, lui procurer le plaisir. Méprisé, comme le manifestent la pratique de la torture en de nombreux pays, les camps de concentration, l’indifférence devant la faim de millions d’hommes, la violence, la facilité à tuer (assassinats, guerres, avortements), le rejet des handicapés, la prostitution, l’exploitation des enfants, la tentation de chasser de nos villes les hommes et les femmes dont nous pensons qu’ils polluent l’atmosphère, etc. Cette idolâtrie et ce mépris apparaissent spécialement dans la manière dont est considéré le corps de la femme.

On a pu à certains moments idéaliser tellement Marie qu’elle n’était presque plus une femme. l’Assomption nous invite à corriger cela. Elle nous montre en Marie une vraie femme dont le corps est vivant avec le Christ et à cause du Christ. Marie glorifiée est à jamais le symbole du corps de la femme, non plus idolâtré et méprisé, mais respecté parce que crée par Dieu, sauvé par le Christ, appelé à la transfiguration dans l’Esprit Saint. Elle est le rappel vivant que le corps n’est pas une chose, mais la face de la personne humaine tournée vers le monde, vers les autres, vers Dieu, qu’il est comme le «sacrement» du mystère intime de la personne, une dimension de la personne appelée à ressusciter avec le Christ.

Par lui s’expriment l’amour des époux et la tendresse des parents pour leurs enfants. Il permet de voir, d’écouter et de parler, de travailler et d’aménager la création, de soigner les malades et de consoler les souffrants. Il est l’expression et la nourriture de notre vie profonde, y compris de notre vie avec Dieu, de notre foi, de notre espérance, de notre amour, de notre prière, de notre action avec et pour les autres. Il est le serviteur du don de la vie sous toutes ses formes, y compris de la vie éternelle. L’Église est le Corps par lequel le Christ dit sa Parole, continue par les sacrements à faire naître à la vie nouvelle, à guérir, à pardonner, à consacrer, et surtout, dans l’Eucharistie, à donner sa chair livrée pour la vie du monde.

Fêter l’Assomption, c’est fêter Marie glorifiée jusque dans son corps. Marie est ainsi le symbole du corps, non plus idolâtré et méprisé, mais respecté, admiré et aimé, parce qu’entré dans la gloire du Fils de Dieu devenu homme en elle pour sauver les âmes et les corps humains. Elle nous appelle à refuser d’idolâtrer le corps humain. En même temps elle nous dit qu’on n’a pas le droit de le torturer, de le tuer, de l’asservir, de le vendre, de le transformer en objet de production et de plaisir, d’en faire un outil de travail souvent moins considéré que la machine. Elle nous supplie de le voir et de le traiter comme la personne dont il est la présence visible au monde, aux autres, à Dieu.

En fêtant Marie vivante avec la totalité de sa personne auprès de Dieu, nous prenons conscience que nous devons défendre les corps comme les âmes, rendre chrétiens nos corps comme nos âmes, mourir au péché et vivre pour Dieu dans nos corps comme dans nos âmes, préparer à la rencontre du Seigneur Jésus Christ nos corps comme nos âmes. Nous devons assumer notre corps, sans peur comme sans adoration ni exhibition, avec l’amour dont Dieu a traité Marie en en faisant la mère de son Fils et en la glorifiant.

C’est dans la grandeur du corps que s’enracine le sens de la pudeur. Le manque de pudeur s’étale aujourd’hui partout. Notre société condamne à très juste titre le harcèlement sexuel, le viol, la pédophilie. Dans le même temps elle laisse s’exhiber, quand elle ne les encourage pas, les formes les plus criantes de l’impudeur. N’y a-t-il pas là un illogisme criminel? La pudeur est justement le sentiment et le comportement d’une personne qui désire que son corps ne soit pas seulement une chose qu’on regarde avec l’envie de la posséder (cf. les paroles de Jésus en Mt 5, 28), qui veut que son corps ne soit pas utilisé comme un objet qu’on jette quand il est usagé, qui demande que son corps soit considéré comme faisant partie du mystère unique de sa personne. Traiter le corps comme un objet, fût-ce un objet de luxe, c’est méconnaître ce qu’il est vraiment, et passer à côté de l’amour véritable que nous devons lui porter.

Le vrai sens du corps nous permet aussi de comprendre ce qu’est la chasteté chrétienne, dans le mariage comme dans le célibat. La chasteté n’est pas l’oubli ou la peur du corps. Elle est tout autre chose qu’une manière de vivre pour hommes ou femmes attardés. Elle est l’attitude d’hommes et de femmes qui veulent que leur corps devienne peu à peu l’expression et le serviteur de l’amour vrai d’eux-mêmes, des autres, de Dieu. Marie est la femme chaste par excellence, non parce qu’elle a vécu comme si elle n’avait pas de corps, ni parce qu’elle a eu peur de son corps, mais parce qu’elle a dit « oui » à Dieu avec et dans son corps lui-même, parce qu’elle a vécu dans son corps avec la justesse qui vient de Dieu.

L’embryon humain lui-même n’est pas un « petit paquet de chair » ni une chose indifférenciée. Il est un corps humain en formation qui doit être respecté comme un corps humain. La manière dont sont traités aujourd’hui les embryons humains (avortement, congélation, destruction, expérimentation) est en train de créer des dérives dangereuses pour le respect dû à l’ensemble des êtres humains. L’attitude de l’Église catholique en ce domaine s’explique par son souci dl empêcher que se dégrade insensiblement le sens de l’homme. Mais plus encore l’Église est immensément reconnaissante envers ceux qui soignent les corps, soulagent leurs souffrances, leur donnent à manger, les habillent, participent aux organisations de solidarité, défendent les plus faibles et les plus petits, cherchent des solutions humaines pour les exclus de la société, luttent contre tout ce qui défigure l’homme dans son âme et dans son corps.

Parce qu’elle a conscience de la grandeur du corps, l’Église entoure d’honneur et de prière les corps morts, dans l’assurance qu’ils ont été les temples de la Trinité et qu’ils sont promis à la résurrection. Elle vénère les reliques des saints, car la sainteté a pénétré même leur corps et les objets qu’ils ont touchés, et par leur corps ils ont accueilli et recherché la sainteté. L’action de l’Esprit Saint envahit non seulement les âmes, mais aussi les corps pour les transfigurer et les spiritualiser.

Marie glorifiée est l’image de la réussite spirituelle et corporelle à laquelle nous sommes appelés. Elle est la prédication vivante que nous sommes aimés de Dieu, sauvés par le Christ, destinés à la gloire de la résurrection en tout ce qui nous fait hommes et femmes.

L’Assomption demeure une belle fête populaire au coeur de l’été. Elle est souvent marquée par des pèlerinages et des processions. Elle est l’occasion d’aider les catholiques, pratiquants réguliers ou occasionnels, à réfléchir sur la dignité du corps. C’est un domaine où leur action et leur témoignage sont fondamentaux dans le monde d’aujourd’hui.

Publicité
L’ASSOMPTION DE MARIE ET LE SENS DU CORP
Publicité
Commenter cet article
Publicité