Quatrième dimanche de Pâques - Année A
Si le Christ est ressuscité des morts, c'est pour être le « l'aîné d'une multitude de frères » (Romains 8, 29), c'est-à-dire chacun de nous. Marqués par la mort, nous sommes encore plus destinés à la vie, et la vie en abondance. « Je suis venu pour qu'on ait la vie et qu'on l'ait en abondance » : ces mots en forme nous touchent, car nous y pressentons la réponse à nos désirs les plus profonds. Mais en même temps, nous pouvons nous demander - un peu comme Marie à l’Annonciation - : « comment cela va se faire » (Luc 1, 34).
Le bonheur pascal est un bonheur paradoxal, un bonheur à deux faces. Les célébrations de Pâques donnent à tous ceux et celles qui y participent de revivre dans un unique mouvement la douleur de la croix, le désarroi du silence de la tombe et la rencontre avec l'inespéré : le Ressuscité, revenu des enfers, vainqueur de son combat avec le péché et la mort. Crucifié et ressuscité : il est le même, reconnaissable et pourtant tout différent.
Dans la page d'évangile de ce jour, en Jean 10, il n'est question que de porte, d'entrer, de sortir, de circuler librement, de faire confiance à l'amour désintéressé de celui qui prend fait et cause pour ceux et celles qui lui sont confiés. Il n'est question que de reconnaître la bonté attentive de l’ami des brebis. Et c'est là la première étape de la foi : porter sur Jésus un regard de confiance. Non pas tant l'aimer que surtout accepter de se laisser aimer.
Cela ne signifie pas que notre vie ne rencontra plus la difficulté ou la souffrance. Cela indique qu’un lien est établi, que rien ne pourra briser, entre le Christ et celui qu'il aime et dont il prend soin. Le chemin du disciple ne sera pas très différent de celui de son Maître et Seigneur. Mais s'ils ont en commun l’épreuve, ils auront aussi le salut.
Ce lien est d’amitié et c'est l’essentiel. L'amitié à jamais fidèle du Christ nous permet d'accomplir notre propre chemin. Encore faut-il ajouter qu’il nous faut accepter cette amitié offerte, à en jouer le jeu, à laisser le Seigneur conduire notre vie.
Jouer le jeu en installant en soi « les sentiments qui étaient ceux du Christ Jésus » comme l’écrit saint Paul aux Philippiens (5, 5). Et saint Pierre dans le passage d'épître que nous lisons aujourd'hui ne dit pas autre chose : « Dans son corps, il a porté nos péchés sur le bois de la croix, afin que nous puissions mourir à nos péchés et vivre dans la justice : c'est par ses blessures que vous avez été guéris. Vous étiez errants comme des brebis ; mais à présent vous êtes revenus vers le berger qui veille sur vous. » Il s'agit d'imiter le Christ dans sa sollicitude pour nous et dans sa justice, en devenant à notre les bergers les uns des autres.
Au quatrième dimanche de Pâques, la Bonne Nouvelle de la Résurrection retentit à nos oreilles sous le signe de l'amitié bienveillante du Christ ressuscité qui nous ouvre la porte vers le Père et nous donne accès les uns aux autres. A nous de ne pas barrer le passage, tant à Dieu qu’à nos frères.
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