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Christian Chanliau.overblog.com

Culture et Religiion

3ém dimanche de carême

Publié le 22 Mars 2014 par Christian Chanliau

L’Esprit de nos baptêmes

La soif, c’est plus que le besoin de boire ; c’est une certaine lassitude, comme celle de Jésus qui, accablé par la chaleur du jour, s’assied au bord du puits. « Donne-moi à boire », demande-t-il à la Samaritaine. Et cet appel provoque entre eux une conversation si animée que la femme, bouleversée, abandonnant sa cruche, court dire à ses concitoyens : « venez voir un homme… ne serait-il pas le Messie.

Les Hébreux aussi avaient soif. Ce n’est pas étonnant. Dans un désert de roc et de sable, « terre aride, altérée, sans eau », ils marchent depuis si longtemps. Et la tentation guette, la confiance s’effiloche, les murmures s’élèvent. Dieu dit à Moïse de frapper un rocher. De l’environnement pierreux et hostile, sort une source rafraîchissante. Du ce désert porteur de la mort, jaillit de l’eau qui fait vivre.

Il y là un enseignement spirituel. S’il est une soif physique, il y a aussi une soif spirituelle, que la Bible appelle la soif de Dieu. Il y a aussi une lassitude spirituelle, la fatigue de se trouver dans un désert spirituel, dans un monde stérile menaçant où rien ne nous nourrit ni nous désaltère. Le petit récit de l’Exode nous dit que, même dans une telle sécheresse, un rafraîchissement est possible.

Des centaines d’années après, Saint Paul a lu dans cet épisode une image du Christ. Ls hébreux, écrit-il, « ont tous bu le même breuvage spirituel, car ils buvaient à un rocher spirituel qui les suivait, et ce rocher était Christ » (1 Corinthiens 10,4). Même si les hébreux dans le désert ne le savaient pas, c’est le Christ qui était la source de leur vie spirituelle, c’est Jésus qui les a rafraîchis. Qui plus est, dit saint Paul, ce rocher qu’était le Christ les suivait. L’image est surprenante : un rocher mobile qui roule derrière une multitude au désert ! Mais elle signifie que Jésus est toujours présent, là où nous sommes, au cœur de nos aridités, qu’il ne faut pas se déplacer pour trouver l’eau spirituelle dont nous avons besoin. L’unique condition pour accueillir sa grâce gratuite, c’est la confiance, la foi. Ne serait-ce pas là que réside notre plus grand dessèchement. Osons croire que la Christ « nous a donné par la foi l’accès au monde de la grâce » (Romains 5, 2).

Jésus dit à la Samaritaine que c’est lui la source d’eau vive, de l’eau qui fait vivre et qui rafraîchit. En disant cela, il prétend effectivement être divin, parce qu’il n’y a que Dieu qui peut étancher la soif spirituelle de l’être humain. « L'amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l'Esprit Saint qui nous a été donné », dit saint Paul dans la seconde lecture. Et pour trouver cet amour, pour dégager cette eau, il ne faut pas aller puiser à un lieu profond comme le puits de Jacob, c’est à dire à la tradition juive. Il ne faut pas non plus aller au temple de Jérusalem ou à la montagne des Samaritains pour adorer le vrai Dieu ; adorer le vrai Dieu en esprit et vérité, c’est la même chose que de se laisser rafraîchir par Dieu, recevoir la vie que Dieu nous donne.

Cette source n’est pas extérieure à nous-mêmes. « Celui qui boira de l’eau que moi je lui donnerai n’aura plus jamais soif, et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui source jaillissante pour la vie éternelle. » Nous avons déjà en nous-mêmes la source de notre vie spirituelle.

Tout homme est un puits d'ombre obstrué par la désespérance. Jésus est le puisatier qui, par ses sacrements et sa parole, vient nous creuser pour nous redonner le goût de l'eau vive de son Esprit. Il est celui qui vient désensabler la fontaine qui murmure en nos cœurs pour en faire à jaillir une eau de miséricorde. Lui seul peut venir étancher notre désir d'être aimé et d'aimer en retour. Cessons de mourir de soif à côté de la source qui sourd au plus profond de notre être. Hébergeons en nous L’Esprit de nos baptêmes telle une eau vive qui murmure … « Viens vers le Père » (Saint Ignace d’Antioche, Epître aux Romains).

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