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Culture et Religiion

LA FAMILLE : Un point de vue

Publié le 25 Février 2014 par Christian Chanliau

PERSPECTIVES HISTORIQUES DE LA FAMILLE

(notes prises lors de la conférence de M. Michel FOURCADE

Professeur de sociologie des religions à l'université de Montpellier)

Le concile Vatican II marque à la fois la fin d’un monde et le début d’une ère nouvelle. L’historien note qu’à partir du début des années 70 un certain nombre de blocages se sont manifestés qui commencent à être traités depuis quelques années. M. Fourcade a fait son exposé en s’appuyant sur les photos de couverture de magazines.

La civilisation paroissiale

Les hommes en sont marqués jusqu’aux années 60, chacun s’identifie à son clocher, avec le rythme des saisons. Des années 1930 à 1950 la presse célèbre Noël, Pâques…Dieu est aussi rituel : la communion solennelle était un rite de passage. La pastorale était marquée par des cadres sociologiques stables.

De 1950 à 1960

La conscience chrétienne est partagée, l’Eglise a accompagné toutes les souffrances d’un monde en ruine, elle a renouvelé sa présence au monde.

Elle génère des militants. Dans les années 50 on fait le procès du pratiquant. On l’accuse de pratiquer pour des raisons pharisiennes…

Le christianisme militant a déséquilibré le christianisme sociologique.

Dans les années 1960, le concile a été reçu dans un contexte du procès du pratiquant. On va l’appliquer en voulant éradiquer certaines pratiques sociologiques.

Deuxième partie des années 60

Deux réalités apparaissent :

  • Un nouveau rapport au monde présenté sous le mode interrogatif. Le 1er janvier 1966, tous les journaux multiplient les points d’interrogation. Apparaît la théologie de la mort de Dieu.
  • La crise de l’Eglise n’est pas due à Mai 68. Lorsqu’éclate la révolte de mai 68, l’Eglise Catholique est en crise depuis 3 ans.

A la révolte scolaire se mêle une scolarisation de masse, tout le monde va être mélangé, tout le monde pourra avoir accès à des études supérieures. L’acquis va être supérieur au transmis, y compris dans le domaine familial.

Arrive la révolution médiatique avec le formatage des mentalités, la télévision va changer l’homme et l’anthropologie. Cela coïncide avec la fin de Vatican II, avec la fin de l’exode rural, avec la véritable fin de la civilisation paroissiale.

Le voyage à L’O.N.U. de Paul VI en 1965 a pour objet la demande de la liberté religieuse.

La nouvelle interface va être : Eglise-Opinion publique. La généralisation des sondages va tendre progressivement à pousser les législations à s’adapter aux opinions majoritaires. Les pratiques ont tendance à créer le magistère, le droit glisse vers le comportementalisme.

L’encyclique « Humanae Vitae » du 25 juillet 1968 va être vécue par les militants comme un traumatisme. Elle intervient dans le contexte d’une révolution et d’une libération sexuelle. La préparation avait été rendue publique, des dossiers romains circulaient dans les rédactions…cela va créer un séisme dans l’opinion publique et le laïcat. L’encyclique n’est reçue que par une minorité de catholiques.

Le synode de 1971 est un échec. On décide de faire une pause.

Mais cette pause va durer 40 ans.

Nous sommes dans la religion postmoderne. Les religions sont mondialisées, (dès 1978 Jean Paul II – Khomeiny). Nous sommes affrontés à l’individualisation du croire, le nombrilisme se fait jour, le rapport au corps et à la sexualité changent, il faut prendre en compte ces questions qui sont reliées à des idéologies. Au niveau doctrinal les gens bricolent ce qu’ils veulent et ce qui les arrange. Pendant 40 ans vont se développer les tensions entre traditionnalistes et progressistes.

Nous sommes dans l’ère du consumérisme, y compris dans le domaine religieux (le bien être, le sens…), le mouvement charismatique a mis en valeur le Dieu guérisseur (retour au soi).

La famille subit les conséquences d’une société qui se déconstruit et malgré la loi Weil de 1975 il y a plus de 200 000 avortements par an.

Quelques réflexions plus générales

La pastorale a longtemps été sous le signe du rigorisme, en particulier en ce qui concerne les mœurs. On y trouve une sorte de donatisme sous la forme d’une très grande rigueur morale. Ceci produit de l’exclusion et contredit la Nouvelle Evangélisation. Or il faut évangéliser tous les hommes, quelle que soit leur situation matrimoniale.

Benoît XVI a cherché à débloquer les tensions en liturgie, avec la pédophilie, avec les états, les parlements, le droit. Le Pape François semble vouloir continuer avec le synode annoncé sur la famille.

Il y a une crise de tous les sacrements, dont la pastorale n’a pas été revue en profondeur depuis le concile de Trente. L’ecclésiologie a changé, la sociologie aussi.

Le pape Pie X a fait quelque chose de fondamental en instituant la communion précoce, mais on n’a pas tiré les conséquences de cet acte majeur dans l’ensemble de l’économie des 7 sacrements. Tous les sacrements sont en crise, c’est donc l’ensemble qu’il faut reprendre dans leur cohérence et leur interdépendance.

La spécificité chrétienne

Nos contemporains ont besoin de rites, comment peut-on redonner leur vraie place aux sacrements ? Nous sommes dans une société totalement blessée, les gens sont touchés par l’échec, or notre pastorale est une pastorale qui trop souvent exclut. Le sentiment d’exclusion se transmet aussi chez les enfants et d’autres personnes proches des exclus.

Il faut penser une pastorale de l’échec et de la blessure, il y a par exemple beaucoup de travail à faire autour du sacrement des malades.

Comment situer aujourd’hui la pastorale familiale dans notre contexte sociopolitique ?

Le discours de l’Eglise est trop pessimiste en laissant croire que l’on peut pérenniser l’ordre ancien de la famille. Le discours devrait insister sur l’ambivalence, il y a l’ivraie mais il ne faut pas oublier le froment.

Il faut que l’Eglise soit plus attentive au sociologique, comme par exemple les couples vivants ensemble sans être mariés, car cela correspond à des contraintes sociales : longueur des études, appartements chers…

Prendre acte de l’évolution juridique, ne pas laisser croire que l’on peut revenir sur la loi sur l’avortement (ce qui ne veut pas dire que l’on est pour).

Si l’Eglise refuse de prendre en compte les lois civiles elle prend le risque de pousser au jusqu’auboutisme en nourrissant une revendication permanente.

Il faut nommer l’adversaire : la société est traversée par l’hyper individualisme libéral, il ne faut pas que l’on puisse reprocher à l’Eglise une collusion avec cette idéologie.

Enfin il faut insister sur le fait que la crise de la famille est intégrée dans d’autres types de crises. Il faut faire comprendre que la famille est au cœur de tous les enjeux sociaux.

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années 60 la famille traditionnelle - mai 68 la fin et le début d'un autre mode de pensée
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